Enquête Lynx. Un filon de 85 milliards de F CFA entre les militaires de Faure et les contrebandiers de tout poil

0

Chaque année, des marchandises de la contrebande et divers trafics échappent au contrôle de la douane, des impôts et de la police environnementale à Lomé. Un important circuit qui se déroule le long du corridor frontalier entre le Togo et le Ghana jusqu’à la hauteur d’Adidogomé dans le canton d’Aflao-Sagbado et qui représente environ quatre vingt cinq (85) milliards de F CFA par an selon des spécialistes en économie. Après de nombreux recoupements sur les lieux, il s’est avéré que ce commerce illégal et juteux est entretenu et encouragé par des contrebandiers togolais et ghanéens (ils sont nombreux) appuyés par les forces de défense postées sur l’étendue de ce petit corridor frontalier. Un bon filon qui dure depuis et contribue à enrichir des bonnets, des officiers supérieurs et leurs subalternes envoyés régulièrement sur les lieux, commerçants, chefs coutumiers, passeurs et zémidjans à Lomé. A ce propos, le lieutenant-colonel Kabia Egbagbame ne nous démentirait pas, lui qui à l’époque chef corps du camp du 2ème Régiment d’Infanterie (RI) d’Adidogomé s’offrait le plaisir d’envoyer ses proches à chaque fois à la frontière en vue de ramener « quelque chose » pour eux-mêmes et pour lui. Aujourd’hui, cet officier supérieur est en charge des frontières très poreuses du Togo. Du pain béni pour lui qui s’y connaît déjà.

« Vous voyez ce qui se passe ici. Regardez les barbelés, ils ont été déchirés par ceux qui utilisent ce chemin pour faire passer leurs produits. Tout y passe, notamment les produits de première nécessité, la drogue et ce, au su des forces de défense qui ont leur part du gâteau», confie une source au parfum de ce trafic quasiment à sens unique vu que c’est le géant voisin ghanéen qui en profite plus que le Togo. Une autre beaucoup plus précise lâche : « Chaque jour, ce sont des milliers de cartons de poisson frais, de poulets congelés qui transitent par là pour se retrouver sur les marchés à Lomé. Des produits beaucoup moins chers qu’au Togo. Et puis, toutes les boutiques et échoppes proches de cette frontière sont alimentées par ces produits-là. Il y a aussi le gaz domestique, les cartons de cigarette, les fruits, les produits maraîchers, d’élevage et d’autres, et la poudre blanche. Le Ghana est un important pourvoyeur de ce truc-là. D’ailleurs, beaucoup de gros bonnets ici à Lomé et à Accra profitent de ce trafic ». Lors de nos investigations, nous avons pu contacter certains riverains du corridor qui nous ont confié que le passage à pied pour se rendre au Togo voisin ou pour aller au Ghana est facturé à 200 ou 300 F. Des  sous que ces passants versent dans des assiettes ou des boîtes installées sur les lieux par les agents des forces de défense.

Comme on peut le constater, le corridor frontalier entre le Togo et le Ghana à la hauteur de Lomé rapporte gros à certains qui se la coulent douce. L’Office Togolais des Recettes (OTR) dont se glose tant l’argentier Ayassor aura donc du pain chaud sur la planche pour faire le ménage du côté de ce corridor. Par où va-t-il commencer vu que certains dont des proches du pouvoir auront beaucoup à y perdre ? Prendra-t-il le risque de renvoyer dans les casernes les forces de défense dépêchées régulièrement sur les lieux alors que, pour l’heure, aucun début de conflit armé n’est signalé entre le Togo et le Ghana ? Fera-t-il déployer sur les lieux des agents du service de la douane et des impôts pour coincer un peu les contrebandiers ? Pour finir, pourquoi ne même pas mettre fin tout court à cette contrebande qui n’a fait que trop de mal à l’économie togolaise au profit de celle ghanéenne?

Mabizo Kiri Lynx.info

 

Laisser une réponse