De la nécessité d’un service militaire obligatoire au Togo

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Si tous les Maliens avaient fait le service militaire, un millier de combattants touaregs et islamistes n’auraient jamais pu conquérir plus de la moitié de leur territoire en quelques semaines, et prendre Kidal, Gao et Tombouctou (les trois principales villes du Nord Mali)… en trois jours !..

Si tous les Maliens avaient fait le service militaire, jamais un fanfaron, lâche et minable capitaine au béret vert mal vissé sur le crâne, n’aurait pris le pays en étage et provoqué un flottement tragique du sommet de l’Etat, qui a abouti à une partition provisoire du pays…

Si tous les Maliens avaient fait le service militaire, cent mille jeunes maliens auraient pris les armes et foncé bouter hors du Mali, ce millier d’islamistes qui n’ont rien à proposer au peuple malien que la Charia, comme si la Charia a, de mémoire d’hommes, apporté le développement dans un pays…

Le service militaire obligatoire est plus que jamais d’actualité dans les pays sous développés en général, et au Togo en particulier. Plusieurs considérations militent en faveur de cette réalité.

A) Tout d’abord, la physionomie de nos armées africaines…

En dehors de quelques rares pays, l’ossature des armées noires africaines  était composée (jusque dans les années 1980) en majorité d’hommes à demi lettres ou illettrés, recrutés dans l’Armée par le colonisateur ou les premiers dirigeants de l’Afrique indépendante. Au départ, le métier des armes était un gagne pain pour les élèves paresseux et indisciplinés versés dans ce corps pour les « redresser » et les discipliner…
Puis, apparurent les premiers sous officiers et officiers formés dans les grandes écoles européennes et américaines, qui ont brillé et émerveillé les anciens colonisateurs. Ainsi, l’Amiral Didier RATSIRAKA a émerveillé la marine française et il a été premier de sa promotion, mais, pour ne pas froisser les français, il fut déclassé troisième de sa promotion et l’honneur français est sauf. Des officiers sénégalais, togolais, dahoméens,burkinabé,  ivoiriens etc. formés à St Cir, Sandhurst, West Point n’ont rien à envier à leurs homologues américains, européens ou asiatiques..
De 1960, année des indépendances, à 1970, les Armées africaines étaient composées des anciens « tirailleurs » et de jeunes cadres fraîchement sortis des écoles militaires.
Inutile de vous dire que la cohabitation n’a pas du tout été facile, puisque le premier coup d’Etat en Afrique Noire est arrivé au Togo, dès le 13 Janvier 1963, suivi d’une ribanbelle de coups d’Etat, tous fomentés par des officiers «sac au dos », sous l’œil inquiet et peu rassurant des officiers intellectuels.

Ainsi Eyadema, Mobutu, BOKASSA, LAMIZANA, KEREKOU, N’GOUABI, SIAD BARRE, IDI AMIN DADA, ANKRAH etc. prirent le pouvoir au Togo, au Congo Kinshasa, en Centrafrique, en Haute Volta (actuel Burkina Faso), au Niger, au Mali, au Dahomey (actuel Bénin) , au Congo Brazzaville, en Somalie, en Ouganda, au Ghana etc.. Beaucoup d’officiers de la nouvelle génération furent liquidés ou virés de l’Armée par la vieille garde, dès que ces officiers prirent le pouvoir.

Ainsi au Niger, sur la trentaine d’officiers et de sous officiers qui renversèrent le Président Diori HAMANI, seul le général ALI SAÏBOU survécut au Colonel KOUNTCHE !
 
Au Congo Kinshasa, sur les cinquante quatre officiers et sous officiers qui renversèrent LUMUMBA puis KASSAVOUBOU, aucun ne survécut à MOBUTU ! Au Mali, le lieutenant MOUSSA TRAORE nettoya tous ses co-putchistes contre MODIBO KEITA et resta seul à la barre, jusqu’à son éviction par … AMADOU TOUMANI TOURE.

Au Togo, sur les sept membres du Comité Insurrectionnel qui prit le pouvoir, le 13 Janvier 1963, le Colonel ADEWUI, le Colonel Koffi GONGO, le Colonel TCHANGO, le Colonel BODJOLLE, le Colonel ASSILA, furent écartés proprement et habillement, pour laisser place à l’ex Adjudant Etienne Eyadema, devenu général d’armée GNASSINGBE Eyadema. Le cas du Togo est devenu plus dramatique, lorsque des considérations ethinico-régionales se greffèrent sur le tableau ; plusieurs officiers du Sud Togo furent liquidés ou nettoyés de l’Armée : Colonel Koffi CONGO, Colonel TEPE, Commandant HUNT, Capitaine KOMLAN, Capitaine EZI, Commandant KOUASSIGAN, Capitaine SANVI, Capitaine LAWSON etc.. à tel point qu’à ce jour, les officiers supérieures originaires du Sud du Togo se comptent sur les doigts des deux mains… Au commencement était ce mépris affiché des Sudistes pour l’uniforme et le métier des armes, traduit dans cette expression célèbre : « Ahoévi mé plo na égnio oo. », c’est-à-dire « un vrai fils du pays ne conduit pas des bœufs »…

Vainqueur des élections d’Avril 1958, Sylvanus OLYMPIO a été berné par cette conception et jusqu’à son assassinat, le 13 Janvier 1963, le Premier Ministre, puis Premier Président du Togo, n’a pas jugé utile de constituer une armée multi ethnique. La nuit de son assassinat, tous les gardes de sa résidence étaient du Nord, et tous les membres du commando chargé d’aller l’arrêter et le conduire au camp RIT (selon les ordres de l’Adjudant Chef BODJOLLE, Chef du Comité insurrectionnel) étaient du Nord. Mr Sylvanus OLYMPIO a fait preuve d’une telle naïveté que les analystes politiques se demandent encore aujourd’hui, si Mr OLYMPIO avait vraiment conscience de la dangerosité du poste qu’il occupait, surtout en cette période là. Il n’avait sans doute pas lu l’histoire des empereurs romains ; les deux premières questions que posait un nouvel empereur, avant même de s’asseoir sur son trône, sont les suivantes :

– « Qui est le Chef de notre Armée ? »
– « Est-il compétent et fiable ? »…

B)- Les carences de nos Armées africaines

Au début de la Transition démocratique togolaise, tout le monde se rappelle les massacres entre les ethnies Tchokossi et Moba, à Dapaon. Le Ministre de la Santé que j’étais fut dépêché dans la localité, avec une équipe médicale conduite par le Médecin Chef des Services chirurgicaux du CHU Lomé, le Professeur James. Arrivés à Dapaon, nous constatâmes que le seul chirurgien de l’hôpital avait fui aux premières heures des troubles. Il est Tchokossi. Notre équipe médicale était submergée par l’ampleur de la tragédie. C’’est alors que le colonel LAWANI, commandant du Camp militaire de la région, me suggéra de faire libérer un lieutenant chirurgien aux arrêts de rigueur dans son camp, pour des broutilles, au regard de la situation dramatique à Dapaon. Le jeune médecin militaire fut sorti de cellule et rentra au bloc opératoire immédiatement, pour prêter main forte à ses collègues.
Quelques jours plus tard, je demandai une audience au Chef de l’Etat et lui dit ceci :

« Mon Général, avec la crise de Dapaon, j’ai remarqué que toute notre armée n’a que deux ou trois chirurgiens et un médecin anesthésiste militaire, qui est d’ailleurs retourné en France. Qui va opérer nos militaires blessés en cas de guerre, avec un pays voisin par exemple ? Ne comptez pas sur les chirurgiens civils, car, en cas de guerre, la plupart vont aller se planquer dans des zones sûres, ou hors du Togo. La preuve, le seul chirurgien de la localité a pris la poudre d’escampette dès le début des troubles à Dapaon, pour sauver sa peau ! »

Eyadema parait statufié par mon raisonnement, puis, saisit son téléphone et parla à quelqu’un en ces termes :

« Préparez moi vingt cinq dossiers pour l’Ecole de Santé des Armées de Bordeau pour la rentrée prochaine ».

Il me regarda, sourit,  et il me dit :

« IHOU, on va en former, et beaucoup, ne t’inquiète pas. ».

 Puis il ordonna qu’on nous apporté une bouteille de champagne.
Voilà le côté pragmatique qui me plaît chez le Général Eyadema. Aujourd’hui, le service de Santé des Armées du Togo est presque au point…

 Comme je jette des fleurs à Eyadema dans ce domaine précis, certains togolais au cerveau coagulé vont encore me dire que c’est parce que j’ai reçu des « espèces sonnantes et trébuchantes » d’Eyadema (dans sa tombe peut-être) ou de son fils Faure, ou que je voudrais encore un poste.
Je voudrais dire à ces « coagulés » que j’aurai soixante cinq (65) ans le 19 mai prochain et que je n’ai ni besoin d’argent de qui que ce soit, ni de poste (pour en faire quoi ?). S’ils peuvent aussi faire quelque chose d’utile pour ce pays, je leur jetterai aussi des fleurs. Mais, comment « un esprit coagulé » peut-il faire quelque chose d’utile à un pays ? Fermons la parenthèse…

Le premier défi des armées africaines est « l’esprit de nationité » de nos militaires. Si le plaisantin capitaine SANOGO avait cette fibre nationaliste et patriotique (= nationité ),il n’aurait jamais fait ce qu’il a fait et serait parti défendre sa Nation, avec tous ses frères d’armes, au Nord Mali, au lieu de vouloir poser « son cul » sur le fauteuil présidentiel, au moment même où les touaregs violent ses sœurs à Gao, Tombouctou et Kidal .
Sous d’autres cieux, le capitaine SANOGO allait être traduit devant une Cour martiale et fusillé pour haute trahison, capitulation non justifiée et fuite devant l’ennemi, et viol de la Constitution malienne…

Le devoir N°1d’un militaire est la défense de l’intégrité territoriale de son pays. Tout militaire qui ne fait pas sienne cette vérité déshonore l’uniforme et doit être éjecté de l’armée…

La deuxième carence grave de nos armées est la logistique qui est défaillante.
D’abord, la logistique qu’on peut appeler « individuelle ». Dans le lourd paquetage d’un soldat américain en Irak ou en Afghanistan par exemple, vous trouverez cinq litres d’eau potable (permettant de tenir au moins trois jours dans le désert), des repas individuels pour trois jours, des biscuits hypercaloriques bourrés de vitamines, un trousseau médical comprenant des bandes, des compresses, des désinfectants et trois doses de morphine permettant au soldat de s’injecter pour lutter contre les douleurs de ses blessures éventuelles, en attendant les secours.
Ce paquetage de 20 à 30kg selon les missions, est l’assurance vie d’un tel soldat, en mission d’infiltration par exemple. En ce qui concerne la logistique « générale », il s’agit d’avions de transports et de ravitaillement, d’hélicoptères d’appui, de communications et d’espionnage par satellite, et bien sûr, la « caravane popotte » dans les grands campements militaires, et qui est mobile et suit les mouvements des troupes. Si les troupes  de la CEDEAO  doivent attaquer les touaregs et leurs islamistes au Nord Mali, il leur faudra tout ça là. Un combattant touareg est un combattant aguerri, qui peut tenir pendant trois jours dans le désert, avec seulement trois dattes dans le ventre et un verre de lait de chameau, alors qu’aucun militaire béninois ou togolais par exemple ne peut réaliser cet exploit…

 Puis, il y a la grande logistique médicochirurgicale, qui est un problème crucial. Lors de l’opération de sauvetage du régime de MOBUTU, des contingents togolais, gabonais, marocains etc. furent sollicités pour prêter main forte aux soldats français que Paris a dépêchés à Kinshasa. Dans le contingent togolais, un de nos soldats piqua une crise d’appendicite. C’est le contingent marocain (qui était chargé d’assurer la couverture médicale des contingents africains) qui intervint  et le soldat togolais fut opéré promptement par une équipe médicale aéroportée sur le site qu’occupait le contingent togolais. Les marocains étaient arrivés avec…onze officiers chirurgiens et anesthésistes pour cette mission dans l’ex-Zaire. Le contingent gabonais connut une tragique aventure. Une trentaine de soldats de Libreville, en patrouille, fut attirée dans un village où le Chef du village leur offrit du vin de palme, que les soldats burent goulûment, sans se méfier, et ils moururent  tous ! C’était un piège des rebelles anti MOBUTU. Un tel piège n’aurait jamais fonctionné avec des soldats américains par exemple. Le contingent gabonais fut rapatrié le lendemain sur Libreville …

Parmi les carences de nos armées, il faut noter l’absence d’unité d’élite spécialisées, par exemple du désert, de la forêt vierge, des marais, ou des spécialités linguistiques (vous avez des militaires américains par exemple qui peuvent parler couramment l’arabe, le bambara, l’ewé, ou le wolof. Vous avez après des spécialistes du déminage ou du minage, du camouflage, des pièges rudimentaires mortels, et surtout des spécialistes par armement (tireurs d’élite de jour comme de nuit, artilleurs, nageurs de haute mer, des plongeurs)…

C)- Pourquoi est-il nécessaire d’instituer un service militaire obligatoire chez nous ?

Tout d’abord, cela permet de discipliner la jeunesse togolaise (filles et garçons âgés de 21ans), de la conscientiser, de la responsabiliser, et de l’éduquer civilement. Cela permet aux jeunes et plus généralement aux togolais d’acquérir cette « nationité » dont nous avons parlé plus haut. Le service militaire fera tomber les barrières ethniques, régionalistes, linguistiques, pour ne former tout simplement que des fils et filles d’une Nation intégrée, qui a pour nom Togo. Ce que les  partis politiques et les politiciens n’ont pas pu faire, l’Armée le fera, pour le bien de la Nation…

En second lieu, le service militaire obligatoire éloignera de nous les violences idéologiques et religieuses. Prenons l’exemple du Nigeria. Jamais des jeunes qui ont fait un service militaire obligatoire n’iraient déposer des bombes dans des églises, des marchés ou des lieux publics. Ils seront insensibles au lavage de cerveau pratiqué par les prédicateurs de  tous poils. Les jeunes ne sont manipulables que quand ils ont l’impression qu’ils sont abandonnés par leur nation, alors que le service
militaire cimente le pays et les habitants de toutes les régions du pays.

L’autre avantage du service militaire obligatoire dans un pays, est que le pays est craint par les autres pays, mêmes les plus belliqueux. Au cours de la deuxième guerre mondiale, HILTER avait réuni ses généraux pour étudier les modalités possibles d’invasion de la Suisse en tablant sur la complaisance éventuelle de la partie germanique du pays. Tous les généraux lui ont fait comprendre que tous les Suisses sont trop fiers de leur « Suissité » et qu’ils se battront jusqu’au dernier, surtout qu’ils ont tous fait le service militaire et que chaque Suisse possède chez lui, deux, trois ou quatre armes de guerre. Aujourd’hui, ISRAEL inspire la même crainte…

En 1992, l’Ambassade d’ISRAEL au Togo était dirigé par un colonel de réserve, et son épouse était également colonel parachutiste de réserve ! J’ai eu le privilège de dîner, avec mon épouse, dans leur résidence et j’étais tellement complexé devant ce couple diplomate militaire, malgré mon statut de Ministre de Santé et de la Population…
Aujourd’hui, nous avons quand même une Armée qui est crainte dans la sous régions et qui a montré son efficacité dans les missions de maintien de l’ordre. Mais, il y a une différence entre aller extraire un chef d’Etat vaincu  dans sa tanière peu bunkérisée, et affronter de farouches touaregs qui connaissent le désert comme leur poche…

Dans les mois qui viennent, je vais finaliser un projet de Service Militaire Obligatoire au Togo (SMOT) que je vais présenter au Chef Suprême des Armées.

D’aucuns diront que le Dr IHOU présente toujours des projets. C’est vrai et c’est mon péché mignon, et j’aime ça!

Par Dr David IHOU, Ancien Ministre de la Santé et de la Population Consultant en géopolitique et stratégie sécuritaire.

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