Combattant jusqu’au bout Blé Goudé. Depuis sa prison, il laisse une lettre inédite !

0

  Je vous adresse cette lettre depuis mon lieu d’incarcération, pour tenter, en vertu de ma responsabilité morale, humaine et politique de faire en sorte qu’aucun ivoirien ne puisse dire ne pas avoir entendu un message de paix après la crise post-électorale pour réfuter ainsi tout prétexte, dans le désir de paix pour le pouvoir et le peuple héroïque de Côte d’Ivoire. Alors que je dis cela, je ne sais pas si mes frères et camarades à l’extérieur qui conduisent la Résistance vous ont déjà approché ou pas…

En effet, depuis mon arrestation à ce jour, vos hommes m’interdisent l’accès à mes proches, aux journaux, aux magazines. Cela m’a isolé du monde et isolé le monde de moi, pour que je ne puisse pas entendre ou voir quoi que ce soit en dehors de mon lieu d’emprisonnement.

Est-ce cela le vrai visage de la démocratie et des droits de l’homme que vous préconisiez pour la Côte d’Ivoire? Le meurtre de personnes dans les prisons, certaines au moyen d’armes à feu par des FRCI zélées. Ou alors tout cela, et d’autres détails encore qui donneraient des cheveux blancs à une personne sensible, vous ont été cachés par vos hommes pour que vous ne sachiez pas la vérité!?

En tout cas, je vous adresse cette lettre dans l’espoir qu’elle vous arrivera, et que vous en prendrez connaissance. Sur la base de ma responsabilité je porte ces faits devant l’opinion internationale, quelle que soit sa couleur ou sa nationalité, parce que c’est notre devoir envers elle, de même que c’est le sien envers nous de ne pas accepter la malfaisance.

Il me semble que vos hommes sur le terrain persistent dans le mensonge et ne vous disent pas les raisons exactes pour lesquelles ils ont engagé la chasse à l’homme. Ils ont trompé délibérément, dès le départ, pas seulement la communauté internationale, et en particulier l’Union européenne mais aussi le peuple de Côte d’Ivoire et eux-mêmes. Ils n’est pas non plus vrai quand ils disent, après que leurs mensonges aient été

découverts, d’avoir été trompés par les services de renseignement et les pantins amenés dans leur fourgon. Les équipes d’inspecteurs agissant au nom de vos services ont fouillé même des maisons privées, des lieux d’exil, et même certains ministères de la sous région pour obtenir des arrestations arbitraires.

Est-ce une telle moralité que devrait avoir un peuple, des hommes, des responsables politiques? Il n’y a rien de plus grave, et qui conduise à des désastres, que les erreurs commises par des gens frappés de délires, méprisant délibérément le rôle des autres.

Après mon arrestation ils ont vainement tenté de m’intimider. Un de vos généraux m’a fait une série de menaces et essayé de négocier avec moi, promettant d’user de son pouvoir auprès de vous afin de trouver une mise en liberté provisoire si je consentais à lire de ma propre voix et à signer une déclaration, qui appèlerait le peuple de Cote d’Ivoire et la Résistance de baisser les armes. Selon mon interlocuteur, si je refusais, mon sort serait semblable à celui du président Laurent Gbagbo. Évidemment, j’ai refusé avec dédain. Je lui ai dit que si j’avais la chance de m’adresser au peuple, je leur demanderait d’intensifier leur résistance.

Notre libération ne peut être nette et complète que dans l’unité et la tolérance parmi les rangs de notre peuple. Les plaies doivent être soignées et non pas envenimées davantage.

Aujourd’hui vous êtes dans une situation fâcheuse et personne d’autre que vous-mêmes, ne peut vous secourir. Si vous vous réformez vous ouvrirez pour vous et la Côte d’Ivoire une nouvelle opportunité. Il vous appartient de décider de prendre ou pas cela en compte. Ce dont vous avez besoin est une concurrence libre et juste dans une situation de paix, pour assurer la sécurité.

Il est de votre responsabilité historique, Monsieur le Ministre, d’arriver à faire ce changement, car vous pourriez sauver les restes de la réputation et de la crédibilité de

la Côte d’Ivoire et de ses intérêts légitimes. Si vous ne faites rien, vous resterez silencieux à propos de quelque chose de mal.

Blé Goudé

Président du COJEP

Laisser une réponse