Ces Anglais qui ne pleureront pas madame Thatcher « Une vieille sorcière »

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Vingt-trois ans après son départ du 10 Downing Street, Margaret Thatcher était toujours au coeur des polémiques, tant les cicatrices de son passage sont loin d’être refermées. Il faut dire que les plaies furent béantes ! Privatisations forcées, libéralisme total, assouplissement des régulations, mise au pas des syndicats…, tout était bon pour réduire les déficits sans aucun état d’âme.

Margaret est vite surnommée « the grocer’s daughter » (la fille de l’épicier), ce qui était strictement exact aussi bien en raison de ses origines que pour son goût prononcé pour les économies radicales. La Premier ministre est également baptisée « TINA », « There is no alternative », leitmotiv pratique et cinglant qu’elle répète dès le début des années 80 pour défendre ses réformes impopulaires, avant d’hériter du titre peu reluisant d’ »Attila » ou encore de « Bloody Woman ».

« La bouche de Marilyn et le regard de Caligula » (Mitterrand)

La presse soviétique lui donne le surnom de Dame de fer, en réponse à ses violentes diatribes contre les communistes. François Mitterrand lui reconnaît « la bouche de Marilyn et le regard de Caligula »… Quant à la reine Élisabeth II, elle la supporte plus qu’elle ne l’estime. Leurs relations sont courtoises, mais la souveraine n’apprécie guère la politique extrêmement dure menée sur les populations les plus démunies. Buckingham juge la potion décidément bien amère et s’émeut notamment de voir les manifestations des mineurs si violemment réprimées.

Face à la détermination sans faille de Thatcher, les ennemis se multiplient et la contestation se radicalise. En octobre 1984, la Dame de fer échappe de peu à un attentat perpétré par l’IRA, l’Armée républicaine irlandaise, dont plusieurs membres s’étaient laissés mourir de faim sans obtenir gain de cause : la bombe explose au Grand Hotel de Brighton où le Parti conservateur tient son congrès, visant directement la chambre de la Premier ministre.

« Le monstre »

Dès lors, ce sont les artistes qui prennent la tête de la contestation intellectuelle, notamment le cinéaste Ken Loach à travers ses films (Raining Stones, Riff-Raff) dénonçant les ravages du thatchérisme dans l’Angleterre oubliée. On est pour ou contre « le monstre », comme la surnomment les mineurs. Les musiciens montent au créneau : le groupe de heavy metal Iron Maiden avait donné le ton en sortant dès 1980 le single « Sanctuary », avec le meurtre de Thatcher dessiné sur la pochette ; Elvis Costello prend le relais en critiquant la guerre des Malouines dans les paroles de « Shipbuilding » ; et le chanteur Morrissey provoque un tollé en rêvant de voir Margaret grimper sur l’échafaud : « Les gens de bonne volonté/ ont un rêve merveilleux/ Margaret sur la guillotine/ Parce que des gens comme vous/ Me fatiguent vraiment/ Quand allez-vous mourir ? »

La fronde traverse la Manche lorsque Renaud entame à son tour un couplet anti-thatchérien (« Miss Maggie ») dans son album Mistral gagnant sorti en 1985, qui frise l’insulte et l’incident diplomatique entre les deux pays. Il faut dire que le chanteur n’y va pas avec le dos de la cuillère : « Pas une femme n’est assez minable/ Pour astiquer un révolver/ Et se sentir invulnérable/ À part bien sûr Madame Thatcher. » Jamais un Premier ministre britannique n’aura été aussi détesté de son vivant. « Une icône pour la droite, un démon pour la gauche », résume Meryl Streep qui l’incarnait à l’écran dans le film La Dame de fer, sorti en février 2012.

« Une vieille sorcière »

À l’heure de sa mort, lundi, David Hopper, responsable régional du syndicat des mineurs (NUM) dans le nord-est de l’Angleterre, n’a pas hésité à déclarer : « Je bois un verre en ce moment précis. C’est un jour merveilleux. Je suis ravi. C’est mon 70e anniversaire aujourd’hui, et c’est l’un des meilleurs de ma vie », s’est félicité le responsable du syndicat des mineurs (NUM).

« Thatcher a fait plus de mal dans le nord-est que qui que ce soit d’autre. Il ne s’agit pas seulement des mines de charbon. Elle a entrepris de détruire les syndicats. Elle a décimé l’industrie, détruit nos communautés », a-t-il fulminé. « L’Angleterre importe maintenant 40 millions de tonnes de charbon chaque année. C’est absolument scandaleux. » « Nous essayons d’organiser une fête tous ensemble le jour de ses funérailles. Il n’y aura pas beaucoup de larmes qui vont couler pour elle par ici. Je ne pense pas non plus que beaucoup regarderont les funérailles à la télé, ils regarderont sans doute du foot », a-t-il ajouté.

Depuis 1985, près de 230 000 mineurs ont perdu leur travail, et 165 mines ont été fermées par le gouvernement conservateur de Margaret Thatcher, après un bras de fer d’un an entre le Premier ministre et les mineurs en grève.

Le milieu de terrain anglais de Marseille, Joey Barton, a estimé quant à lui que l’ancienne Premier ministre britannique Margaret Thatcher, décédée à l’âge de 87 ans, était « une vieille sorcière » qui n’avait pas sa place « au paradis ». « Je pourrais dire repose en paix, Maggie, mais ce ne serait pas honnête. Si le paradis existe, cette vieille sorcière n’y aura pas sa place », a écrit le joueur anglais sur son compte Twitter.

Pas de funérailles nationales

Avant même la disparition de la Dame de fer, certains cercles affirmaient mettre de l’argent de côté pour sabler le champagne le jour de sa mort ou organiser une party lors de son enterrement ! D’anciens mineurs se disaient prêts à se planter devant des piquets de grève pour arrêter le cercueil en cas de funérailles nationales, un député travailliste suggérait d’immerger son corps au large des Malouines, et un sujet de Sa Gracieuse Majesté a même lancé une pétition en ligne pour privatiser entièrement la cérémonie funèbre afin de ne pas accabler le contribuable en ces temps de crise, tout en restant fidèle « au libéralisme économique professé par la baronne Thatcher ».

Qu’ils se rassurent : alors qu’elle vient de mourir d’une attaque le 8 avril 2013, Downing Street a précisé que Margaret Thatcher serait incinérée après une cérémonie, mais qu’il n’y aurait pas de funérailles nationales.

Le Point fr

 

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