Ceni : Les experts togolais en élections truquées au grand complet !

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C’est un secret de Polichinelle que le régime Faure Gnassingbé n’a aucune volonté d’organiser des élections législatives transparentes. Ce qui justifie ses coups de force permanents. Le Code électoral et surtout le découpage ont été élaborés de façon unilatérale, autoritaire et taillés sur mesure. Malgré la contestation, ils ont été adoptés par l’Assemblée nationale. Mais un pallier a été franchi la semaine écoulée, avec l’élection des membres de la Commission électorale nationale indépendante (Céni). Ces derniers sont censés prêter serment aujourd’hui devant la Cour constitutionnelle.

Une CENI contrôlée

 

Selon les dispositions de l’Accord politique global (Apg) du 20 août 2006, et nommément son annexe 1, « la CENI est composée de façon équilibrée entre la mouvance présidentielle, les partis d’opposition et la société civile ». Cette disposition a été mise en œuvre pour les élections législatives de 2007 et l’élection Présidentielle de 2010 par les discussions de Ouagadougou. Mais un grand bond vient d’être fait en arrière, avec l’élection des membres de la présente Céni. Sur les quinze (15) élus par l’Assemblée nationale, à peine deux (02) peuvent être fichés comme proches de l’opposition : Boutchou Sibabi représentant la Convention démocratique des peuples africains (Cdpa) et Daté Yao élu au nom de la société civile mais proche du Comité d’action pour le renouveau (Car).

Au registre des partis extraparlementaires et de la société civile, le pouvoir s’est taillé la part du lion, en faisant élire une militante affirmée, Mme Angèle Aguiguah et des hommes liges ou instrumentalisés comme Adan Akpotsui de Initiatives et Développement, un parti qui n’existe que de nom, et Kolani Lardja du Parti pour la démocratie et le renouveau (Pdr), qui a laissé de bien mauvais souvenirs aux Togolais. On retiendra également l’élection d’un certain Issifou Taffa Tabiou qui n’est plus à présenter. S’agissant des partis parlementaires, le Rpt/Unir s’est attribué toutes les cinq (05) places réservées à la mouvance présidentielle ; et, le plus cocasse, l’Union des forces de changement (Ufc) a vu élire ses représentants au registre de l’opposition parlementaire. Et pourtant les choses sont claires, et un projet de loi portant statut de l’opposition discuté et adopté en commission à l’Assemblée nationale stipule : « est considéré comme parti de l’opposition, tout parti ou coalition de partis politiques n’appartenant pas à la majorité parlementaire ou ne soutenant pas l’action du gouvernement ». Mais voilà, le parti de Gilchrist Olympio qui est élu comme formation de l’opposition, accompagne le pouvoir en place dans la gestion du pays depuis la signature de l’accord du 26 mai 2010. Actuellement, il ne reste que deux (02) places à pourvoir à la Céni, sur les dix-sept (17) prévues. Même si ces deux postes revenaient au Car ou à l’Alliance nationale pour le changement (Anc), au meilleur des cas, la véritable opposition qui incarne aujourd’hui les aspirations du peuple et qui manifeste quotidiennement dans les rues pour exiger des conditions de transparence des prochaines élections, se retrouverait avec trois (03) sièges à la Céni, sur les dix-sept (17) en tout. Equité, vous avez dit ?

Il faut aussi le souligner, parmi les élus, figurent des professionnels de la fraude et du hold-up qui ont laissé leurs empreintes en 2007 et en 2010 ; il s’agit de Taffa Tabiou et de Kolani Lardja. Allah les a-t-il illuminés entre-temps et feront-ils du bien ?

Vers un scrutin sans accord politique

Les Togolais ignorent pour l’instant quand ils seront appelés aux urnes. Par contre une chose est certaine, ces élections ne sauraient tenir dans les délais constitutionnels (12 octobre-11 novembre), presque forclos. Le scrutin est donc reporté de fait. Mais selon les observateurs avisés, pour que des élections soient organisées dans une période non constitutionnelle, il faudrait au préalable un consensus entre la classe politique, ou du moins ses partis les plus représentatifs. Un accord qui devra donc être scellé à la suite de discussions sérieuses. L’élection des membres de la Céni marque presque la fin de l’étape préliminaire. Les membres sont censés prêter serment aujourd’hui devant la Cour constitutionnelle. Il faut souligner au passage, même si la Cdpa y a son représentant, le parti boycottera la cérémonie, à cause des vices dans les invitations. Des comportements qui, à en croire un communiqué du parti daté d’hier 23 octobre, « traduisent la volonté du pouvoir en place, de persister dans la division de l’opposition pour réussir son passage en force vers des élections non transparentes ». « En conséquence, Monsieur Sibabi Boutchou de la CDPA ne prêtera pas serment ce 24 Octobre 2012 devant la Cour Constitutionnelle et la Secrétaire générale ne participera pas à la cérémonie de prestation de serment », ainsi en a décidé le parti.

Mais, n’empêche, avec la logique du pouvoir, les préparatifs proprement dits du scrutin devraient débuter sous peu. En tout cas, le cap est résolument mis sur ces élections. Mais sans aucun accord entre la classe politique. La rue continue de gronder. A l’appel du Collectif « Sauvons le Togo » et de la Coalition Arc-en-ciel, les populations devront encore manifester les 26 et 27 octobre prochains pour dénoncer le coup de force des 15 et 17 octobre et exiger des élections transparentes. Un accord est-il possible entre toute la classe politique ?

Ce serait en tout cas naïf de le croire, en l’état actuel des choses. Car il existe un manque de volonté du pouvoir Faure Gnassingbé de mener un dialogue franc et sincère avec l’opposition, la vraie et légitime qui le conteste. Le Fils du Père préfère se barder de flagorneurs et autres opposants de pacotille. Et pour se donner bonne conscience, il lance des dialogues à l’emporte-pièce, qui ne sont en réalité que des simulations pour feindre une certaine main tendue et flouer la communauté internationale. Des comédies que le CST et la Coalition Arc-en-ciel ne sont pas prêts à cautionner. Le pouvoir Faure ne donne aucun signe de dialogue franc et sincère. Au contraire, il continue d’augmenter les rancœurs par sa logique permanente de coups de force et le recours aux milices pour mater des manifestations de l’opposition. Le bout du tunnel n’est pas encore proche.

Visiblement, le processus est verrouillé de bout en bout, et les jeux semblent déjà faits. Et avec l’enjeu qui entoure ces élections, c’est-à-dire au bout la majorité à l’Assemblée nationale pour Faure Gnassingbé qui devra lui permettre de tripatouiller la Constitution et donner un sceau légal à sa volonté d’aller au-delà de 2015 et même d’établir un bail à vie sur le pouvoir, l’avenir n’est pas rassurant. Le pays va droit dans le mur.

Tino Kossi

Liberte hebdo

 

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