Ce que pense la presse burkinabè de la précipitation de Faure Gnassingbé à se faire investir par « sa » Cour Constitutionnelle.

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Au Togo des Gnassingbé, la volonté de la famille présidentielle vaut bien une loi

GOUVERNANCE POLITIQUE AU TOGO : La nouvelle recette de Faure

Le vin est tiré, mais certains rechignent encore à le boire. Faure Gnassingbé rempile pour un nouveau mandat à la tête du Togo. Il a été réélu avec un peu moins de 60% des suffrages exprimés, ajournant ainsi les ambitions présidentielles de son adversaire Jean-Pierre Fabre. Ainsi donc, la dynastie Gnassingbé s’en trouve perpétuée puisque, dans la foulée, le nouveau-ancien président a prêté serment devant la Cour constitutionnelle, jurant, la main sur le cœur, de « respecter et de faire respecter la Constitution que le peuple togolais s’est librement donnée ». Ne riez pas ! Puisque c’est le même peuple longtemps bâillonné et garroté par le père, qui s’est donné « librement » la Constitution que le fils promet de respecter aujourd’hui.

Au Togo des Gnassingbé, la volonté de la famille présidentielle vaut bien une loi. Car, elle prend en compte les aspirations de tout un peuple. Et gare aux téméraires qui oseront dire le contraire. On les envoie, dans le meilleur des cas, méditer derrière les barreaux, et au pire des cas, c’est l’échafaud. En tout cas, Faure Gnassingbé est désormais le président légitime et légal de tous les Togolais et cela, pour les cinq années à venir. Mais cette victoire, si elle en est une, que d’aucuns trouvent « brillante », manque à tout point de vue d’élégance ; en rajoutant ainsi aux incongruités déjà existantes qui caractérisaient le Togo, ce petit pays d’Afrique de l’Ouest peuplé d’environ 6 millions d’habitants. Tenez ! Pour ceux qui ne le savent pas, le Togo fait partie des rares pays d’Afrique où le nombre de mandats présidentiels n’est pas limité ; ce qui ouvre la voie aux longs règnes faits généralement de dérapages et d’excès de tout acabit. Même si Faure soutient ne pas vouloir s’éterniser au pouvoir (parole d’homme politique qui n’engage que ceux qui y croient), pour combien de temps encore les Togolais aspirant au changement, devront-ils continuer à ronger leur frein, à supporter de le voir solliciter encore les suffrages du peuple togolais ?

Personne ne sait de quoi demain sera fait

Faut-il le rappeler, au Togo, il n’y a pas de second tour à la présidentielle ; si fait que le président, même le plus impopulaire, peut se faire facilement élire. C’est la recette bien connue des régimes dictatoriaux. Autre incongruité : c’est la précipitation avec laquelle Faure Gnassingbé s’est fait investir, qui laisse pour le moins perplexe. En effet, les résultats ont été validés le 3 mai dernier par la Cour constitutionnelle. Et Faure a prêté serment dès le lendemain, soit en un peu moins de 24 heures. Cette promptitude, pour le moins suspecte, qui rappelle l’ex-président ivoirien Laurent Gbagbo, laisse croire qu’il y a anguille sous roche. Car, en règle générale, après une victoire méritée, les chefs d’Etat nouvellement élus ou réélus, se donnent le temps pour préparer leur investiture. Le président Faure ne se sera même pas donné le temps ni le plaisir d’inviter quelques-uns de ses pairs africains afin de donner un cachet particulier à l’événement. Pourquoi ? Question à mille tiroirs. Toujours est-il qu’une telle précipitation vient apporter de l’eau au moulin de Jean Pierre Fabre qui crie à la fraude et à la mascarade électorale. Déjà, on avait vu la célérité avec laquelle les résultats provisoires de la présidentielle avaient été publiés par le président de la Commission électorale nationale indépendante (CENI), alors même que tous les procès-verbaux n’étaient pas encore centralisés. Pauvre Togo ! Personne ne sait de quoi demain sera fait puisque Jean Pierre Fabre qui revendique aussi la victoire, n’a pas encore dévoilé sa stratégie. Va-t-il appeler ses militants à descendre dans la rue ? Si tel est le cas, le pire est à craindre parce qu’on se rappelle que Faure, en pleine campagne électorale, avait promis de siffler la fin de la récréation s’il était réélu. Peut-être est-ce pour cela qu’il a vite fait de prêter serment pour se donner la pleine légalité pour sévir.

Boundi OUOBA

(Le Pays, journal Burkinabè)
 

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