Blaise Compaoré : Chat de l’Egypte ancienne, philosophe d’Athènes ou wemba de Wemtenga ?

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Monsieur le Président,

Je vous écris d’ici, de ce pays sans orthographe, où je suis l’occupé d’un occupant sans gloire ni légende. Je vous apostrophe d’ici, de ce pays pauvre, où sous le souffle mordant des vents d’harmattan, la misère fait des petits et c’est l’incertitude du lendemain qui les nourrit. Je vous interpelle d’ici, de ce pays sans épithète où un escadron de gros nuages noirs étirant sa beauté mélancolique se vêt de son plus joli linceul nuptial.

Blaise Compaoré : Chat de l’Egypte ancienne, philosophe d’Athènes ou wemba de Wemtenga ?

Je vous écris d’ici, de ce pays sahélien, où le soleil éclaté ruisselle de pénombre et trace des accents circonflexes sur nos espoirs.

Je poétise d’ici, de ce canton de la terre, où l’aveugle que l’on fourvoie regarde partir comme un gigantesque tourbillon de lumière, l’empan unique de son délivrement multiple ; où le perclus que l’on a exclu erre le long des cimetières, avec pour tout bagage sa sébile d’espoir que la galère a bien fini par transformer en bonnet d’agonie.

Monsieur le Président,

Si j’ose vous écrire d’ici, de ce pays de larmes, où je suis en train de baisser mes rideaux de larmes et de pousser des soupirs d’alarme, c’est parce vous m’en avez donnez le droit et m’en avez inspiré et la forme et le style.

Mais c’est surtout, ainsi qu’il ressort de certaines philosophies africaines, parce qu’un chef est une « poubelle ». Donc, parce que vous êtes la poubelle de notre histoire, vous devez recevoir tout : ce qui est bon comme ce qui est mauvais ; ce qui est doux comme ce qui est aigre ; ce qui est sale comme ce qui est propre ; ce qui est chaud comme ce qui est froid.

A ce titre, vous êtes sensé être l’ouverture qui ne sectarise pas, la tolérance qui écoute, le sage qui interprète, le vecteur qui catalyse et agit sur et dans tous les cœurs pour chercher à être la sève nourricière du peuple. Mais que ne voilà t-il pas au crépuscule de votre règne ?

Monsieur le Président,

Voici bientôt plus de deux décennies que l’on épilogue sur la manière dont vous gérez le pays. On critique notamment le népotisme et la gabegie que vous actez et laissez prospérer. On dénonce la corruption ambiante que vous et vos proches couvent sous des dehors désinvoltes.

On discute aujourd’hui de l’opportunité d’une institutionnalisation du sénat et subséquemment de l’éventualité de la modification de l’art.37 de notre loi fondamentale.

On vous reproche de vous enrichir et de laissez votre entourage immédiat aussi s’enrichir inutilement, illicitement et promptement sur le dos de l’Etat, de commettre des exactions et autres crimes économiques et de faire le lit de l’impunité sur lequel sommeille benoitement votre régime.

Pendant que le peuple se serre les dents, vous et les dignitaires de votre régime, vous vous sucrez et vous vous la coulez douce. Par finir, certains spéculent ou prologuent, d’autres soliloquent bruyamment à la manière de Nobila Cabaret sur une fin apocalyptique de votre régime si vous n’y prenez garde ;

Monsieur le Président,

Sincèrement, je devrais avoir mauvaise grâce à vous écrire d’ici, de ce pays de mes ancêtres, où le muet ne peut plus muer ni le sourd sourdre, tant tout vous a été dit et répété par les professionnels du droit, les organisations de la société civile, les politiciens et les personnes ressources de ce pays.

Cependant, si l’on veut bien considérer que le Futur ne s’écrit pas mais s’imagine et que durant les 27 ans de votre règne constitutionnel, le peuple à travers sa frange jeune est toujours à la recherche de repères nouveaux, de certitudes nouvelles pour fonder des espoirs nouveaux, sans doute m’est-il permis de m’introduire à ce « débat hospitalier » en vous ouvrant ces lignes que je vous prie très respectueusement de parcourir.

Monsieur le Président,

Dans ce débat national, qu’il y ait des « pour » et des « contre » le sénat et la modification de l’art.37, rien que de très normal en démocratie. Mais la virulence des échanges et l’intransigeance des postures, elles, frôlent le pathologique d’où l’on peut diagnostiquer plusieurs septicémies politico-juridiques chez vos partisans.

Certes, le débat tel que posé n’est pas de ceux que l’on peut traiter par-dessus la jambe ! Mais vouloir interroger la population si elle veut oui ou non que vous restiez, révèle pour le moins les débuts symptomatiques d’une schizophrénie.

J’en veux pour preuve le débat sur la modification de l’art.37 qui n’a pas pu être consensuel au niveau du CCRP, les marches de juin et juillet 2013, de tout le bataclan qui s’en est suivi et tout récemment de la marche historique du 18 janvier 2014.

Que le CDP ensemble la FEDAP/BC et leurs affidés courent dans les artères d’une monarchisation du pouvoir, tout bien, c’est à leur honneur ! Cependant qu’ils sachent que dans ce siècle naissant, le Burkina Faso à l’instar des autres pays, a pris le TVG de la mondialisation et répond désormais présent aux couteaux tranchants des exigences de la bonne gouvernance et de la démocratie.

Monsieur le Président,

Si vous aimez le Burkina Faso et son peuple, vous devez tenir compte de ses intérêts, de son honneur, de son intégrité, de sa dignité, de son devenir. Vous devez acter sans la …rectifier, ni la tripatouiller, ni la violer, la constitution pour en garantir l’égalité des droits et assurer une alternance paisible et pacifique dans ce cadre mouvant et ambiant du jeu démocratique. Du reste, vous en avez fait solennellement le serment. Respectez donc votre serment sous peine de parjure.

Monsieur le Président,

Parlant du devenir de notre pays, on sait depuis l’Egypte ancienne que, tant en sagesse qu’en mystères, le chatest l’avenir de l’Homme. C’est pourquoi, Excellence, je me surprends à vous comparer à un chat, pas au chat noir du Nayala. Mais à un chat embué de sagesse et de mystères, quoique endormi sur les genoux de votre entourage proche (cercle familial et amis politiques) dans un Faso qui cherche à voguer sur les vagues copulatives de la démocratie et non dans les eaux troubles d’une dynastie démocratique.

Ainsi, tel ce félin, vous ronronnez, caressé dans le sens du poil par les mains doucereuses mais calleuses de vos « babys sisters », indifférent que vous êtes à la crise qui s’est annoncée et qui s’allonge, et à la langueur nationale.

Vous pensez comme ce félin que rien n’est grave, qu’au Burkina Faso, « il n’y a pas de problème politique, tout le monde est CDP ou FEDAP/BC », qu’il suffit pour réguler la tension sociale, d’attendre et comme un matou…de faire le dos rond ; que loin de verser dans un pathétique alarmant, il n’y a pas de quoi fouetter un chat.

Et puisque vous n’occultez pas que le pays traverse une crise, vous vous repliez et vous vous reposez. Repli et repos pour sortir d’une crise en sont le remède, la stratégie. Chuuut, Dr Honoris Causa dort ! Alors, patience pour le patient… qui doit attendre dans une salle d’attente où il n’attend rien !

Les évènements tragiques du 15 octobre 1987, ceux du 18 septembre 1989, du 13 décembre 1998 et de la mutinerie d’avril et mai 2011 illustrent à souhait cette attitude de repli et de repos, donc d’indifférence ou d’insouciance.

Dans tous les cas, Valère SOME qui vous connait bien nous a prévenu « Blaise aime beaucoup jouer avec le temps. Il laisse le temps faire son œuvre, ramollir, décrisper et apaiser les consciences. Il joue avec le facteur temps ». (cf la Référence n°000 de novembre 2013)

Mais ici au Faso, c’est désormais fini avec la ruse : « on se sait, on se connait entre vendeurs de colas » pour reprendre une expression de la rue. Déjà, Feu le Président Maurice YAMEOGO, derrière les propos méphitiques aux relents pestilentiels que l’on lui connait, disait pour répondre à ses pourfendeurs que « la Haute Volta est un pays de savane, que celui qui se courbe pour chier, on voit son derrière ».

On vous a vu venir au pouvoir, on sait où vous êtes en train de vouloir partir. Ne vous courbez surtout pas, des enfants qui ne vous ont pas vu venir pourraient vous mettre la honte.

Ainsi donc, quand c’est chaud au pays, vous savez vous replier sans reculer ; vous agissez dans et sur le temps sans en avoir l’air.

Trop, c’est trop ! Ayez cependant à l’esprit que nos parents ont accusé nos grands parents de s’être laissé esclavagiser, nous avons accusé nos parents de s’être laissé coloniser ou de n’avoir pas su conquérir une indépendance véritable, nos enfants à nous, nous reprochent d’avoir laissé pervertir une Révolution que tout indiquait indispensable.

Quant à nos petits enfants qui n’ont connu ni esclavage, ni colonisation, ni indépendance, ni Révolution, que vous reprocheront-ils ? Donnez leur de vivre au moins une démocratie paisible. Et ce sera justice.

Monsieur le Président,

Votre entourage immédiat et vos conseillers occultes préconisent, pour prévenir l’accident final, de dresser le chat(que vous êtes) sans le réveiller, en voulant réviser en douceur la constitution par des modifications et des à-plats législatifs qui permettront au chat de s’éterniser au pouvoir : augmenter les salaires, accéder à certaines revendications des syndicats, prendre des mesures tendant à améliorer un tant soit peu les conditions de vie des plus défavorisés, voilà autant de mesures sociales prises (valium) qui ne feront presque pas de mal en ces temps de pain noir et qui feront moins de bien après.

Mais comme le peuple n’est pas dupe et va descendre bientôt dans la rue et est descendu massivement ce 18 janvier 2014 au lendemain du jour historique de l’anniversaire de l’assassinat de Patrice LUMUMBA, ils (le clan restreint) vont secouer leur chat endormi et lui intimer l’ordre d’aller chasser les souris s’il veut manger à sa faim et l’obliger à se faire des griffes sur les cailloux dures de la réalité.

Monsieur le Président,

Il faut pour le bien de ce pays qu’on se dise la vérité. Or, dans ce pays hélas, la vérité gène les « baby sisters » et irrite le chat : sauriez vous être comme le chat de l’Egypte ancienne, c’est-à-dire être l’avenir de l’Homme intègre au Faso ?

Si oui, alors partez en 2015 et laissez l’article 37 en paix. Si non, on va vous assimiler au chat de Ziniaré, dodu et griffu à la fois : matou quand ça va mal et tigre dès que ça va mieux. Oseriez-vous faire tirer sur la population si elle manifestait dans les rues pour vous maintenir au pouvoir ? Si oui, donc…, si non, alors…

Monsieur le Président,

C’est de ce pays que je vous ai écris, de ce pays que vous dirigez depuis 30 ans. Mais voici que déjà, avant de clore ma lettre, je sens l’odeur des Ombres réveiller bien de tombeaux et mes yeux, multipliés par leurs rameaux, exsudent à l’appel méphistophélique des Morts qui me disent de vous dire de désormais vous habituer à habiter votre sort.

Ces voix lointaines mais déjà proches, ces confusions de symphonie aux sonorités enfin audibles, ces parolessans voix, dois-je dire, me chargent de vous rappeler ces deux faits d’histoire : on raconte qu’en Grèce antique, un homme fut surpris un jour de grand soleil, en pleine rue d’Athènes, une lampe allumée bien en évidence dans la main. Quand on lui posa la question de savoir ce qu’il cherchait, il répondit sans se racler le gosier « je cherche un Homme ».

Notre pays est exactement dans la posture de ce philosophe d’Athènes. Il est à la recherche de repères nouveaux, de certitudes nouvelles pour fonder des espoirs nouveaux.

Or, pendant vos 30 ans de règne sans partage, le pays a vécu dans une économie de concurrence monopolistique et le peuple réclame justice pour Thomas SANKARA et ses compagnons, Norbert Zongo et ses compagnons, David Ouédraogo, Guillaume Sessouma, Dabo Boukari et bien d’autres.

La population revendique une meilleure répartition des fruits de la croissance, une meilleure prise en charge sociale des couches les plus défavorisées, une justice sociale effective, de meilleures conditions d’accès aux soins de santé et à l’éducation. Ecoutez donc les clameurs de votre peuple !

L’autre fait explique comment au XIè siècle un prince héritier, après analyse du comportement de son peuple qui revendiquait de meilleures conditions de vie et de justice sociale, renonça au trône pour être un acteur et un facteur de démocratie. Ce prince héritier s’appelle Wemba. Il est mossi. Il prit comme devise « le claquement des doigts est plus puissant que les coups de casse-têtes ».

Dans nos sociétés traditionnelles africaines, qui claque des doigts ? N’est ce pas celui qui frappe aux portes pour implorer la compréhension, sinon le pardon, sentier plus heureux, plus positif que celui emprunté de la force aveugle ? Ce peuple continue de vivre avec son Wemba. A Ouagadougou, sa résidence est le quartier Wemtenga.

Monsieur le Président,

Vous avez institué un collège de sages pour implorer la compréhension et demander le pardon. Ce dernier vous a rendu ses conclusions et fait des recommandations. Des voix comme celles des chefferies traditionnelles et religieuses vous ont donné leurs positions en éclairant votre religion. Les avis des élus étant mitigés, le peuple souverain s’est exprimé dans la rue par des marches itératives dont celle hautement significative du 18 janvier dernier.

Tout récemment, ceux dont vous êtes fait de draps et lumière politique et qui ont effectivement et activement pris part à cette marche, face à votre entêtement vous ont lâché. De quel consensus avez-vous besoin pour …nous conduire droit dans le mur, à la TANDJA. ?

Sinon que voulez vous à la fin ? Etre le chat de l’Egypte ancienne, avenir de l’Homme (intègre du Faso que Thomas Sankara a façonné) et que le Philosophe d’Athènes dans la Grèce antique recherchait, ou en bon moaga être le Wemba du Faso, partir pour être un acteur, un vecteur et un facteur de justice sociale et de démocratie comme ce Prince héritier de Wemtenga ? Partir en 2015, le peuple Burkinabé vous le revaudra.

Je vous ai écris d’ici, parce qu’il m’arrive souvent lorsque mes menstrues mentales coulent souvent ou lorsque je veux chasser le cafard de m’amuser non sans mégalomanie à vouloir imiter Pierre de Ronsard.

Certes je n’ai pas le génie de Baudelaire ni l’âme de Vaugelas, mon talent, dois-je le reconnaitre est encore d’un étage un peu plus , mais un peu supérieur à celui de l’élucubreur du mardi de « L’obs ».

Mais vouloir vous écrire cette lettre a été ma phobie. Donnez-vous la peine de la lire Avec toute ma déférente considération.

Gomdaogo V. KIEMDE, Poète

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