Bernard Kouchner: Il ne pèse plus rien dans les affaires africaines

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Le ministère des Affaires étrangères « ne pèse plus rien dans les affaires africaines », assure Jean-Christophe Rufin, ex-ambassadeur de France au Sénégal, qui dénonce le rôle obscur de Claude Guéant.

Jean-Christophe Rufin, qui a quitté le 30 juin dernier son poste d’ambassadeur de France au Sénégal, dénonce, mardi 6 juillet dans le Monde, l’absence totale du ministère des Affaires étrangères dans les affaires africaines. Il critique largement le manque d’influence de Bernard Kouchner et pointe le rôle pour le moins obscur du secrétaire général de l’Elysée, Claude Guéant.
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Interrogé sur le départ du secrétaire d’Etat à la Coopération, Alain Joyandet, Jean-Christophe Rufin revient sur le regard qu’il portait sur le rôle de ce dernier : « M. Joyandet, placé sous la tutelle du ministre des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, prenait beaucoup plus ses ordres à l’Elysée qu’auprès de celui-ci ». Car c’est bien l’Elysée qui est au centre des critiques de l’ex-ambassadeur, par ailleurs écrivain. Et notamment, le rôle tenu par le secrétaire général de l’Elysée, Claude Guéant.

« Tous les vieux travers »

« Les affaires africaines les plus sensibles sont tranchées par Claude Guéant, qui est un préfet et n’a pas une connaissance particulière de l’Afrique », affirme Jean-Christophe Rufin qui ajoute : « Le secrétaire général à la présidence agit d’autant plus librement qu’il n’en répond ni devant l’Assemblée, ni devant le gouvernement ». Son verdict est donc sans appel : « Les années 2007-2010 ont vu se reconstituer tous les vieux travers de la relation franco-africaine. »

Un départ très réclamé par Wade

Après trois ans passés à Dakar, Jean-Christophe Rufin jette donc un regard assez désabusé sur la perpétuation de la fameuse « Françafrique », pourtant sévèrement dénoncée par Nicolas Sarkozy au début de son mandat. Influence qui est parfaitement illustrée par les circonstances de son départ du Sénégal. Le président sénégalais Abdoulaye Wade avait demandé que Rufin soit démis de ses fonctions. Il a été suivi en ce sens par Paris. « Le président Wade a été souvent irrité par la sympathie dont je jouissais au Sénégal (…) Cela a pu déplaire et ma tête a été demandée à plusieurs reprises », explique l’ex-ambassadeur.

« De qui parlez-vous ? »

Ces critiques acerbes de Jean-Christophe Rufin, qu’il avait déjà prononcé dans d’autres médias, n’ont pourtant pas semblé provoquer un émoi démesuré au Quai d’Orsay. Bernard Kouchner, interrogé à ce sujet, les a même balayées d’un revers de main : « De qui parlez-vous ? Ah ! L’homme que j’avais nommé, qui n’était pas ambassadeur, et qui n’est pas content que je ne lui téléphone pas alors qu’il a demandé lui-même à partir… » Bref, l’ironie paraît de rigueur au ministère face aux dénonciations répétées.
Comme Bernard Kouchner, Jean-Christophe Rufin est un ex-médecin engagé dans l’action humanitaire, élu à l’Académie Française en 2008. Il a vécu durant trois ans à Dakar des périodes de tension avec le président Aboulaye Wade, au pouvoir depuis dix ans.

(Nouvelobs.com)

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