Avant, pendant, après…L’homme qui parle…

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 Eyadema II, dit que la réconciliation est en cours au Togo, parce que l’homme qui se moquait de son père et au début de lui-même, est devenu son allié aujourd’hui.

L’homme qui parle ainsi, dit-il vraiment quelque chose? Oh, oui, que ce sera à la Saint Glinglin, ou, sans s’en apercevoir lui-même, qu’il se complaît maintenant dans l’absurde. En tout cas, pour les êtres de limites que nous sommes, sachant que seul Dieu d’un seul regard embrasse l’avant, le pendant et l’après, un tel propos n’a aucun sens. À moins qu’il en ait un que nous découvrirons par la suite.

Vous avez bien compris qu’il s’agit de réformes politiques au Togo. Et l’homme qui parle dit qu’il en parlait avec son {sic} père, c’est-à-dire celui qu’il appelait Eyadema I, non seulement pour le distinguer d’Eyadema II, mais aussi pour bien montrer qu’il s’agit d’une dynastie. Et ce dernier, Eyadema II, dit que la réconciliation est en cours au Togo, parce que l’homme qui se moquait de son père et au début de lui-même, est devenu son allié aujourd’hui. En cours seulement? L’ambiguïté est que Eyadema I, notre réconciliateur professionnel national, lui, prétendait que cette réconciliation, si on se réfère à tous ses discours et aux slogans d’animation, était réalisée depuis longtemps. Alors, pourquoi n’a-t-on simplement pas laissé Mgr. Barrigah à ses oignons et ses ouailles. C’est à devenir tous fous.

Celui qui parle a une notion assez bizarre, absurde du temps. Si ce n’est pas „ avant“, c’est „ pendant“ et si ce n’est ni „avant“, ni „ pendant“, n’est-ce pas forcément „ après“? Celui qui nous promet que les réformes peuvent se faire „avant“, mais nous dit en même temps que si ce n’est pas avant, ce sera pendant ou après, se moque-t-il de nous ou se moque-t-il de lui-même ? C’est peut-être cela la haute science politique. Et selon la même haute science politique, celui qui, avant de se rendre à Accra avait assuré à l’opinion togolaise que la proposition de modification de la constitution pourrait suivre son cours à l’Assemblée, déclare qu’il s’en tenait scrupuleusement au respect de la constitution en vigueur. Soit dit en passant, les juristes en déduisent ce qui relève de leur compétence, mais, d’un point de vue purement grammatical, si on a eu besoin d’un déterminatif ( en vigueur) pour cette constitution-là, c’est que sa valeur n’est pas absolue. « Mon costume de ce matin » signifie que j’en ai au moins un second ou qu’il en existe un autre dont on pourrait parler. Mais ce n’est pas le sujet qui nous préoccupe. J’avoue simplement que je ne comprends rien à un tel langage (d’Eyadema II, s’entend), à une telle conception de la haute science politique. Ou si j’y comprends quelque chose, c’est que, celui qui parle ainsi, ne nous promet pas plus sur les réformes que celui qui les envisage pour la saint Glinglin. Les deux hommes s’entendent donc, comme larrons en foire. J’ai déniché quelque part ce titre : « Fini le rêve de l’opposition… ». Faut-il préciser que ce n’est pas sans humour, et même un brin triomphant? Ah, bon! Il y a des rêveurs? Ce sont peut-être ceux-là qui entendent le « J’ordonne que cesse le rêve de l’opposition ! », proclamé par celui que vous savez. La vérité est que Gnassingbé voudrait, par ce voyage sur Accra, se rassurer et rassurer ses partisans en montrant qu’il a bien retrouvé son rêve de poursuivre son règne jusqu’en 2030, malgré les remous actuels, notamment le soulèvement au Burkina, mais en même temps est conscient que cela peut n’être qu’une chimère. Il n’est nul besoin de dire que lui et ses partisans redoutent ces remous. Ce qui ne leur rend pas le sommeil facile.

Mais, revenons aux deux hommes.

Ce que l’un n’ose pas dire aussi du Burkina, puisque, apparemment, il ne peut pas « ordonner au-delà de nos frontières », l’autre est chargé de le dire : il est triste. Triste, non pas que l’on en soit arrivé là pour déloger le beau Blaise à cause de son entêtement semblable à celui d’Eyadema II, mais triste que le peuple burkinabè ait pu le déloger. Mais est-il triste, Gilchrist, ou confond-il tristesse et peur ? « Je crois qu’une certaine solution a été apportée par les Burkinabè à leur problème. De notre côté aussi, nous devons apporter nos solutions à nos problèmes. Pas nécessairement les importer soit du Burkina, de la Tunisie, de l’Egypte où on parle du printemps arabe ». Je dis l’autre, Eyadema II, mais, curieusement, c’est d’Eyadema I qu’il est également le porte-parole. Souvenez-vous de cette époque où les exigences des peuples africains avaient contraint les dictateurs un peu partout à concéder des conférences nationales. Comme le printemps arabe et la révolution burkinabé à notre époque. Olympio n’en avait-il pas été un des plus grands bénéficiaires dans notre pays ? N’empêche qu’aujourd’hui, à travers lui, on entend cette voix qui semble d’outre-tombe : « Je n’aime pas le suivisme ! ».

Je cherchais l’homme qui parle. Je ne le trouvais pas dans la confusion démoniaque où ces paroles pourraient nous plonger. Je crois l’avoir enfin trouvé, ou, je crois les avoir trouvés, les deux hommes qui parlent : Eyadema I et Eyadema II. Ne cherchez pas Olympio II. Il n’existe simplement plus. Rendons-lui justice cependant : il a existé, surtout après l’attentat de Soudou par lequel le régime Eyadema avait voulu le liquider physiquement. L’homme que l’on croyait être Olympio II devait, en réalité, son existence à deux entités qui, elles, existent bel et bien et existeront toujours : Sylvanus Olympio et le peuple togolais. Les deux entités s’identifient parfaitement l’une à l’autre. Dans le livre des Actes des Apôtres, des magiciens exorcistes voyaient les miracles opérés par ceux qui avaient suivi Jésus et ils voulurent en faire aussi, souhaitant en particulier pouvoir chasser les démons en invoquant le nom de Jésus, le Verbe tout-puissant. Et comme un possédé s’était présenté, ils dirent au démon qui était en lui : « Sors de cet homme, au nom de Jésus de Nazareth que prêche Paul ». Le démon leur répondit : « Jésus, je le connais. Paul, je sais qui c’est. Mais vous, qui êtes-vous ? ». Ce fut le démon qui se jeta sur les magiciens et les chassa. Loin de moi l’idée de comparer celui que je croyais d’abord entendre parler à un magicien, un exorciste, ou à un bonimenteur… et de vous dire que sa parole n’a plus aucune puissance, ne produit plus aucun effet, puisque les deux entités qui lui donnaient une existence se sont retirées de lui, ou plutôt, puisqu’il les a lui-même quittées.

Cependant, n’avez-vous pas l’impression d’être en présence du vide parfait en lisant ou en écoutant son interview sur le voyage à Accra où il était dans la valise de celui qui veut en faire sa caisse de résonance ? La caisse semble hésiter, en parlant de réformes, importantes, qui peuvent se faire avant, pendant ou après, mais en fait, comment une caisse peut-elle hésiter? Elle ne fait que retransmettre les propres hésitations de celui qui parle à travers elle : Gnassingbé, même si son désir ardent est de ne faire aucune réforme, il ne sait pas quelle sera la force des pressions que le peuple togolais exercera sur lui. La force des pressions, c’est évident, ne viendra pas de l’Assemblée dite nationale. Gnassingbé sait parfaitement qu’il ne sera rien fait à cette assemblée-là qui puisse échapper à son contrôle et disant qu’il souhaitait que les réformes y suivent leur cours normal, il savait qu’il ne disait rien. Ce qui l’inquiète réellement, c’est la rue, c’est-à-dire la mobilisation populaire. C’est elle qui peut le contraindre à quitter le pouvoir avant, pendant ou après tout ce qu’on voudra. J’espère que nos leaders ont compris cela.

Le grand problème de Gnassingbé, particulièrement dans cette affaire des réformes, c’est qu’il est conscient de ne pas avoir la légitimité d’un président démocratiquement élu. Et en dépit de l’apparence, il la cherche, cette légitimité, partout, surtout vers la fin d’un mandat usurpé. La présence de Gilchrist Olympio dans sa délégation n’a pas d’autre but que de lui donner cette apparence de légitimité. C’est lui-même qui le dit, comme dans cet extrait de son interview: « Vous avez observé la présence de M. Gilchrist Olympio dans notre délégation…. Si les élections (celles de 2005 ou celles de 2010?) n’avaient pas été crédibles, si nous n’avions pas de légitimité, je pense que le dialogue (avec G. Olympio) aurait été difficile ». Un homme sûr de détenir sa légitimité du peuple n’aurait pas parlé ainsi. Gnassingbé a voulu, à Accra, mettre en scène son dialogue « permanent » ( plutôt factice que réel ), ses rapports harmonieux et son entente ( qui couvrent mal les frustrations de « l’opposant historique » aux yeux des Togolais), malgré certaines divergences, selon ses propres mots, avec Gilchrist Olympio. C’est là un rite presque superstitieux qui, espérait-il certainement, pourrait lui réussir, tout comme, dix ans plus tôt, à Abuja, le cinéma de leur accolade lui avait assuré la conquête du pouvoir. Seulement, il oublie que le Gilchrist de 2014 pèse politiquement mille fois moins lourd que celui de 2005. A qui la faute? Qui l’a vidé de son poids?

Cet homme hésite. Cet homme tâtonne. Cet homme bafouille. Cet homme vacille. Cet homme peut tomber. Il suffirait peut-être de… Mais cet homme est à la tête d’un système bien rôdé, aux mille tours, vieux de plus de cinquante ans. Nos leaders de l’opposition le savent. Nous disons : Réformes ! Réformes ! Réformes ! Mais, attention ! Savons-nous ce qui nous attend « avant », « pendant » et « après » ?

Sénouvo Agbota ZINSOU

 

 

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