Arsene DOGBA : Affi doit éviter de faire les mêmes erreurs que le président Gbagbo qui est allé aux élections en 2010 avec les rebelles en armes …

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Il est hystérique après le refus du FPI de siéger dans son club de soutien qu’il appelle abusivement Commission Electorale Indépendante (CEI). Cette institution censée être neutre continue d’être présidée par Youssouf Bakayoko, celui-là même par qui la crise postélectorale qui a fait officiellement plus de trois mille morts en 2010 est arrivée.

Lynx.info: Le député (PDCI) Bertin Konan Kouadio dit depuis Londres que le PDCI aura son candidat aux élections de 2015 prenant de contre-pied Konan Bédié qui veut une fusion du PDCI et du RDR. Que peut prédire l’analyste politique que vous êtes sur la suite des événements?

Arsene DOGBA : Les conflits de plus en plus ouverts au sein du PDCI résultent de la volonté de certains cadres d’opérer des réformes internes et d’imprimer une nouvelle marque politique à leur parti que les ivoiriens peuvent accepter. Parce qu’il faut le reconnaitre, les dix années de participation du PDCI à la rébellion de Ouattara a ternie l’image de ce parti. Malheureusement, il se trouve que le PDCI est un parti conservateur, donc hostile aux changements. C’est ce qui explique les différents clashes entre les forces rétrogrades conduites par Konan Bédié et les forces novatrices dont KKB n’est que la partie visible. Mais, vue la détermination de la vieille garde à saborder le parti et le soutien politique et financier que lui apporte le régime RDR pour y parvenir, il y a des raisons d’être très pessimiste quant aux résultats des efforts remarquables de la nouvelle génération à moderniser le PDCI et surtout à le tenir loin du RDR.

Nous le disons surtout pour au moins trois raisons : Premièrement : l’idéologie du parti en elle-même est un frein au changement. Deuxièmement : La conception de Bédié du pouvoir politique. Pour lui, l’exercice du pouvoir se fait par génération. Après la génération des Houphouët, c’est sa génération. Il croit même que sa position actuelle est un don de Dieu que personne ne doit lui contester. Déjà surpris en 1999 où il a perdu le pouvoir d’état, Bédié est très vigilent pour ne pas perdre le contrôle du PDCI. Enfin, troisièmement : L’égoïsme et l’esprit de vengeance du président Bédié. Le président renversé en 1999 par Ouattara, n’a toujours pas digéré le mépris qu’ont opposé les ivoiriens à son appel à la résistance quand il fuyait le pays. Pour lui, ses frères ivoiriens ont soutenu le coup d’état de Ouattara contre lui ; c’est pourquoi il s’est allié à son tour à ce dernier pour tuer, réprimer, incarcérer et contraindre à l’exil les ivoiriens. Je crois qu’il n’a aucun regret pour tout ce qu’il fait subir à son pays, y compris son soutien aux déportations à La Haye de Laurent Gbagbo et Blé Goudé.

Au sein du PDCI, il faut toutefois reconnaitre qu’en dehors de la vieille garde, il y a des cadres de valeurs qui peuvent faire bouger les choses. Seulement, faudrait-il qu’ils soient suffisamment courageux pour déclarer publiquement leurs soutiens au camp KKB qui s’oppose ouvertement à l’idée de livrer le PDCI pieds et mains joins au RDR. Juste pour exister. Je crois pour ma part que le PDCI mérite mieux que d’être à la remorque d’un RDR fondé sur les principes du tribalisme.

Lynx.info : Pour les tenants de la ligne d’une fusion PDCI- RDR c’est la seule condition pour la stabilité de la Côte d’Ivoire. Votre avis ?

Je suis d’accord avec eux, mais nous ne faisons certainement pas la même analyse sur le sujet. En ce qui me concerne, je sais que dans les jeunes démocraties, c’est l’opposition qui détient souvent la clé de la stabilité. Quand l’opposition est civilisée, elle travaille dans les limites de ses prérogatives et des lois de son pays ; c’est cela qui évite les tensions inutiles entre pouvoir et opposition et qui permet la stabilité. Mais, quand celle-ci est misanthrope comme celle conduite par Ouattara et Bédié sous le régime Laurent Gbagbo, l’usage de la violence devient la règle. C’est ce qui est arrivé à la Côte d’Ivoire de 2000 à 2011.
Si la coalition RDR-PDCI au pouvoir depuis la chute de Gbagbo en 2011 venait à fusionner il y aurait de bonnes raisons de croire en la stabilité du pays. Parce que c’est la recherche immodérée du pouvoir par ces deux partis qui a créé l’instabilité en Côte d’Ivoire à partir de 1993. Alors, c’est possible que leur fusion annule tout risque de déstabilisation.

Mais, il y a surtout que le FPI qui n’est pas à sa première expérience dans l’opposition n’est pas une menace réelle de déstabilisation. Il a su jouer son rôle de parti d’opposition et a démontré sa capacité à fonctionner dans les limites des lois ivoiriennes entre 1990 et 2000. Les tenants de la ligne de fusion savent que le FPI pourra encore, malgré tout, rendre possible les conditions de cette stabilité politique en Côte d’Ivoire. Par contre, ils ont conscience que le danger peut venir à tout moment du côté du PDCI. Les dix ans de collaboration contre le régime Gbagbo a permis à chaque camp de savoir de quoi l’autre est capable. C’est pourquoi ils appellent de tous leurs vœux la fusion PDCI-RDR. Ceux qui appellent à la fusion n’ont donc pas tort quand ils affirment que cette fusion des deux partis politiques reconnus pour leur capacité à rendre la Cote d’Ivoire ingouvernable quand ils ne sont pas au pouvoir n’aboutira qu’à la stabilité du pays. Mais en le disant, sans le savoir, ils affirment que ce n’est pas le FPI qui est à la base des violences politiques en Côte d’Ivoire.

Lynx.info : Pour Alassane Ouattara comme son allié, Henri Konan Bédié, la Côte d’ivoire s’est dotée de la meilleure Commission Electorale Indépendante (CEI) de tous les temps…

Si j’ai un conseil à donner aux ivoiriens et aux amis de la Cote d’Ivoire, c’est de leur demander de faire très attention à tout ce que ces deux hommes, Bédié et Ouattara, aiment et/ou valorisent. Ils sont pleins de malice.

Lynx.info : Ce n’est pas une erreur d’Affi N’Guessan que d’avoir laissé le ministre Alain Dogou prêté serment à la CEI avant de se retirer ?

C’était une erreur extrêmement grave. Heureusement que le Comité Central de son parti a pu rectifier le tir. Le président Affi n’aurait pas dû prendre cette initiative pleine de conséquences pour lui-même et pour son parti. Entre nous, quand l’on ne peut rendre visite à ses camarades détenus à travers le pays et que les meetings de mobilisation sont interdits dans certaines localités du pays, y compris Abobo, à Abidjan, à quoi peut-on s’attendre pendant la campagne électorale. Les anciens rebelles sont toujours en armes et on même créés des « microbes », des gangs âgés de moins de 18 ans, qui terrorisent en toute impunité les ivoiriens. Affi doit éviter de faire les mêmes erreurs que le président Gbagbo qui est allé aux élections en 2010 avec les rebelles en armes contre la volonté de certains de ses camarades du parti. Il est vrai qu’il a gagné les élections, mais la suite on la connait tous aujourd’hui ?

Lynx.info : « Je suis fatigué du FPI et tous ses cadres doivent savoir qu’ils sont en liberté provisoire » lance Ouattara à ses opposants lors de sa tournée à Daoukro. Comment décrivez-vous sincèrement l’homme politique et économiste qui dirige la Côte d’Ivoire ?

Alassane Ouattara est resté égale à lui-même depuis son arrivée en Côte d’Ivoire en 1989. Il n’a pas changé du tout. Son mépris sans égal pour la Cote d’Ivoire, ses institutions et son peuple ne date pas d’aujourd’hui. Il en veut terriblement à la Cote d’Ivoire pour lui avoir rappelé ses origines burkinabè. Alassane Ouattara ne supporte pas que les ivoiriens soient libres et heureux.

Il est hystérique après le refus du FPI de siéger dans son club de soutien qu’il appelle abusivement Commission Electorale Indépendante (CEI). Cette institution censée être neutre continue d’être présidée par Youssouf Bakayoko, celui-là même par qui la crise postélectorale qui a fait officiellement plus de trois mille morts en 2010 est arrivée. Bakayoko est militant de la Charte du Nord, un document que les cadres de cette région de Cote d’Ivoire ont publié en 1991 sous l’impulsion de Ouattara alors Premier Ministre d’ Houphouët ; ce document voulait l’union des filles et fils du nord autour de leur frère Alassane Ouattara.
En ce qui concerne la CEI qu’il a rendu partisane, Ouattara oublie que la lutte du FPI qui a abouti à la mise en place de cette institution a commencé quand il était chef de gouvernement entre 1989 et 1993. Cette lutte a fait plusieurs dizaines de morts. Devenu président du RDR en Aout 1999, un parti créé sur les principes de la Charte du Nord, Ouattara, bénéficie aujourd’hui des retombés de la lutte du FPI contre le régime du PDCI dont il était un acteur clé.

Au sujet de la fatigue dont il se plaint, je suis scandalisé. Je rappelle qu’il a pris en otage la vie des ivoiriens depuis 1989 et rendu ingouvernable la Cote d’Ivoire sous Bédié, Guei et Gbagbo. Ces différents leaders n’ont pas crié à la fatigue. Et, ils n’ont pas abandonné. Depuis 1999, ils ont résisté contre ses nombreuses attaques armées et ont continué de discuter avec lui et ses rebelles pour maintenir l’équilibre et créer la stabilité dans le pays. Alors, je suis surpris qu’en moins de quatre ans de pouvoir seulement, il crie déjà à la fatigue. Non, c’est trop tôt.

Lynx.info : François Hollande averti lors de son passage à Abidjan : « Si le FPI ne participe pas aux élections il disparaitra de la scène politique….

Je ne savais pas qu’on créait un parti politique juste pour qu’il existe comme nous l‘apprend M. François Hollande; c’est-à-dire pour la forme. M. Hollande veut que le FPI soit juste repérable quelque part. Peu importe s’il est sans vie; c’est-à-dire sans ses cadres et sans activités politiques qui mobilisent les militants. Comme pour nous dire qu’EXISTER était l’objectif principal des intelligences qui se sont réunies pour mettent en place cette organisation politique. C’est ridicule tout ça. Je ne suis pas sûr que Hollande tienne de tels propos à l’ endroit d’un parti politique Français ou européen. C’est une insulte aux militants du FPI, aux ivoiriens et, au-delà, aux africains.

Mais nous sommes habitués à ce genre de mépris de la part de certains hommes politiques occidentaux. Quand il s’agit de l’Afrique ou des questions qui touchent ce continent, certains occidentaux (soi-disant experts ou hommes politiques) ne sont jamais prudents. Ils ne prennent jamais la peine de réfléchir avant d’ouvrir la bouche. A la fin, c’est tout ce que vous pouvez imaginer d’écœurant qu’ils servent aux dirigeants et aux populations africaines.

Il faut rappeler à Hollande et à tous ceux qui ont cru en ce discours méprisant qu’on ne créé pas un parti politique dans le seul but d’aller aux élections, mais plutôt pour conquérir le pouvoir d’état et l’exercer. Pour arriver à ce but ultime, il y a au moins deux voies que tout le monde connait; il y a la voie anticonstitutionnelle des coups d’états que nous a servis Ouattara depuis 1990 et celle des urnes qu’a choisie le Front Populaire Ivoirien de Laurent Gbagbo.

Le FPI s’est battu depuis 1990 pour que les règles de la transition pacifique à la démocratie respectent le standard international. Ce serait incroyable qu’au nom d’une existence proclamée par François Hollande, un tel parti aille à des élections dont les règles consensuelles déjà établies ont été entièrement remises en cause et remplacées par des nouveaux arrangements dictées par Ouattara, le candidat bien connu pour sa tricherie.

Que M. Hollande sache également que, contrairement au PDCI, le FPI ne cherche pas à exister en allant à des élections déjà truquées, mais à vivre en organisant librement ses activités politiques. Le FPI veut aller à des élections justes et transparentes parce qu’il tient à conquérir à nouveau le pouvoir d’Etat en vue de l’exercer pour le bonheur des ivoiriens. C’est l’aspiration de tout parti politique sérieux, c’est aussi l’aspiration du FPI. La déclaration du Président français est donc inappropriée, inopportune et maladroite. Je crois que M. Hollande devrait s’en excuser.

Si, par contre, certains dirigeants du FPI ont compris le message de François Hollande autrement que dans le sens d’un appel au suicide politique de leur parti, ils auront fait une grave erreur qui pourrait leur couter très chère sur le terrain.

Lynx.info : Après ce qu’on a appelé l’appel de Daoukro, peut-on dire désormais que c’est le PDCI qui a besoin du RDR pour renaitre de ses cendres ou, c’est le RDR qui a besoin du PDCI pour exister ?

La réalité du terrain politique fait que l’un a besoin de l’autre. Mais au-delà, c’est la déclaration du Président Français, François Hollande qui fait ses effets. Pour Bédié, si ne pas aller aux élections en 2015 peut conduire un parti politique à la disparition comme l’affirme Hollande, ne pas s’allier au candidat Ouattara pourrait tout aussi conduire un leader politique à la mort. Alors que le vieillard ne veut pas mourir, il veut continuer d’exister même s’il ne vit pas. Rire…

Le PDCI qui est devenu amorphe et très docile vis-à-vis du RDR a pris à son compte le conseil de « tonton » Hollande qui, à travers cette déclaration, demande intelligemment aux partis politiques ivoiriens de légitimer la victoire déjà connu de Ouattara aux élections de 2015. Pour Bédié, au lieu d’aller aux élections et courir le risque de mourir ou se retrouver à la CPI, il est préférable de jeter l’éponge et s’allier à Ouattara pour exister. Mais, c’est aussi pour lui la meilleure façon de retourner l’ascenseur à son peuple qui l’avait abandonné en 1999 quand Ouattara renversait son régime.

Lynx.info : « L’approche à sens unique adoptée à ce jour par la CPI se retrouve au niveau national, ce qui place l’un des deux camps du conflit au-dessus des lois ». Ouattara va-t-il livrer un jour ceux qui ont fait de lui président de Côte d’Ivoire ?

Ouattara sera un jour, lui-même, devant les juges pour répondre des actes inhumains qu’il continue de poser en Côte d’Ivoire depuis 2002. Il n’y a aucun doute. C’est juste une question de temps. Il est puissant aujourd’hui parce que ses créanciers qu’il dénomme « amis » sont au pouvoir à travers le monde. Il a aussi le soutien des réseaux mafieux et des finances internationales qui ont intérêt à ce qu’il reste au pouvoir sans être inquiété. Ils continueront à le protéger aussi longtemps que leurs dettes ne seront pas toutes repayées. Mais rassurez-vous, rien n’est éternel sur cette terre des hommes. Tous, y compris lui-même, répondront des actes qu’ils posent aujourd’hui. Let us wait and see.

Lynx.info : Comment expliquez-vous cette complicité tacite de la communauté internationale, des ONG de droits de l’homme face aux dérives qu’on décrit de brutal du pouvoir d’Abidjan dirigé par Alassane Ouattara ?

C’est juste une question de solidarité entre des membres issus d’une même doctrine politique et économique : le néolibéralisme. Les néolibéraux et leurs agents, certains medias et ONG internationales, croient, avec la fin du communisme dans les années 1990, être les seuls maitres du monde. Ils ne veulent plus voir émerger une autre idéologie politique et économique qui puisse leur tenir tête. Pour eux, c’est la solidarité entre frères et sœurs libéraux qui leur permettra de continuer à briser les barrières des souverainetés nationales pour construire une société ouverte, propice à l’exploitation.

Malheureusement pour les dirigeants traités de nationalistes, la récession économique de 2008 qui a frappé toutes les économies néolibérales occidentales a renforcé cette conviction. Le principe des néolibéraux semble être : partout où se trouvent un néolibéral, il peut compter sur la solidarité des autres et de leurs agents au niveau des états, des medias, des organisations humanitaires, etc…. On le constate bien à travers le monde, avec l’émergence de nouvelles économies en dehors de l’occident telles que la Chine, l’Inde, le Brasil et l’Afrique du Sud, mais surtout avec la Russie, au plan militaire, qui bande de plus en plus ses muscles, la solidarité des néolibéraux ne pouvait que se renforcer davantage.

Lynx.info : L’éditorialiste de RFI Jean-Baptiste Lawson Placa parlant de Laurent Gbagbo dit : «…On peut l’aimer ou ne pas l’aimer. Mais, ces crimes-là, on ne pourra même pas prouver qu’indirectement, il les a commis ou commandités». Comment expliquez-vous l’acharnement de la CPI à son encontre ?

M. Lawson a parfaitement raison. Je dirais même que Laurent Gbagbo n’a pas commis de crime contre l’humanité au sens des Statuts de Rome. Et personne n’arrivera à prouver qu’il l’a fait. La honte qui se déroule à La Haye au Pays Bas dans l’affaire le Procureur contre Laurent Gbagbo est la preuve de la fébrilité des néolibéraux dans un nouvel ordre mondiale qui se dessine avec d’autres acteurs et dont ils ont peur de perdre le contrôle. Les occidentaux savent que ces nouveaux acteurs peuvent à termes renforcer la capacité de résistance des leaders, panafricanistes notamment, en renforçant leurs relations bilatérales avec eux. La CPI qui fait partie des instruments de l’impérialisme qui aident à fragiliser les souverainetés nationales fait sa part. M. Laurent Gbagbo est vu par les promoteurs des états sans frontières, à la fois, comme un obstacle à la réalisation de leur rêve en Côte d’Ivoire et un éveilleur de conscience en l’Afrique. Ils veulent tout faire pour le mettre hors du jeu politique. C’est tout le sens de cette nudité que la CPI nous exhibe depuis.

Lynx.info : Comment expliquez-vous que Guillaume Soro revendique et jubile d’avoir pris les armes contre son pays ?

L’homme le fait parce qu’il n’a pas encore réalisé comment les rebelles finissent leurs parcours en pareilles circonstances et ce qu’il en sera pour lui. Quand le moment viendra, il se mettra à genou pour implorer le pardon du peuple ivoirien pour les milliers de femmes et d’enfants qu’il a tués ainsi que pour les nombreux crimes économiques qu’il a commis à partir du 19 Septembre 2002.

Interview réalisée par Camus Ali Lynx.info
 

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