Allassane Ouattara et le PDCI-RDA

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I – Nous le savons tous aujourd’hui, l’alliance RHDP qui gouverne la Côte d’Ivoire est en panne. Panne d’essence sur l’autoroute du nord en raz campagne. C’est tout simplement qu’ils étaient tous d’accord pour chasser le FPI, du pouvoir mais ils n’avaient pas un projet commun de gestion du pouvoir et surtout une même vision de la vie économique et sociale de la nation.

Le clash est venu comme d’habitude d’un texte banal déposé par le gouvernement dont le premier ministre est du PDCI-RDA, la ministre de la famille est du même parti que le PDCI-RDA. Tout devait marcher comme sur des roulettes. Et bien non. Le parti qui a conduit la Côte d’Ivoire à l’indépendance, veut marquer sa différence.

Il ne veut pas être un parti de suiveurs, le PDCI-RDA n’est pas un troupeau qui suit le berger. Il a une histoire, une culture démocratique. Il avait hier affronté la force bestiale du Gouverneur Laurent Elysée Péchoux. Il refuse de suivre Allassane Ouattara, ses frère Dozos et autre FRCI, dans la mise en coupe réglé de la Côte d’Ivoire, le pays des éléphants.

Ce qu’Allassane Ouattara ignore, c’est que le vieux parti est traversé par un courant nationaliste composé des revanchards de l’ivoirité et de tous ceux qui jugent inacceptables l’aplatissement de la Côte d’Ivoire devant les intérêts français et surtout la présence massive des entreprises Burkinabés dans les appels d’offre de l’Etat ivoirien, alors que l’inverse est inimaginable.

La Côte d’Ivoire est-il un pays vassal du Burkina-Faso ? Le soutien de Blaise Compaoré à la rébellion et à la marche du Dr Allassane Outtara, vers le pouvoir est-il un plan concerté pour mettre la Côte d’Ivoire sous la tutelle du FASO ? Quel est l’avenir des ivoiriens de l’ouest de la Côte d’Ivoire quand des Burkinabés naturalisés de fait viennent s’installer sans les forêts classées de cette région de l’Ouest qui est visiblement une colonie de peuplement au profit des ressortissants de l’ancien pays du Dr Allassane Ouattara ?

Toutes ces questions traversent le PDCI-RDA et le parti qui a conduit ce pays à l’indépendance, se trouve acculé le dos au mur de sa propre négativité car c’est lui et ses dirigeants qui ont fait le choix d’Allassane Ouattara. Ils estiment aujourd’hui qu’il y a des problèmes plus graves, qu’une loi sur la famille.

La sécurité des ivoiriens. Les FRCI et les Dozos qui s’en prennent beaucoup plus à ceux qui ne sont pas du nord.

Ils trouvent tous bizarre que les enlèvements, les braquages de domicile ne concernent pas les musulmans, mais les ivoiriens de confession chrétienne. Que les plantations et les domiciles occupés ne font pas l’objet de préoccupation du gouvernement.

Que le frère du président qui est ministre des affaires présidentielles a plus de pouvoir que le premier ministre issue du PDCI-RDA, qui dans la réalité ne fait que de la figuration. Alors voilà qu’un matin, on demande aux parlementaires méprisés membres de cette alliance sans tête ni queue de voter un projet de loi sur la réforme de la famille.

Silence, le President pleure!
A) – ils trouvent tous qu’il y a d’autres urgences.

B) – la nature des contrats avec les multinationales Françaises ne leur est pas communiquée

C) – quel est le montant des dons et des prêts consentis à la Côte d’Ivoire par les partenaires extérieurs ? Où sont ces fonds ?

Le parlement n’est au courant de rien de tout cela et on demande au parti dont les luttes ont amené le pays à l’indépendance d’avaler tout cela débout les bras croisés comme un premier communiant devant le prêtre.

II – La susceptibilité, méfiance et crise de confiance

En réalité le Dr Allassane Ouattara, n’a jamais fait confiance au PDCI-RDA. Il a toujours considéré Henri Konan Bédié comme un paresseux et un incompétent. Il dit la même chose de son premier Ministre Ahoussou Jeannot.

Il a gardé au fond de sa mémoire l’ivoirité et surtout l’arrestation de sa mère une femme âgée et son interrogatoire pendant cinq heure d’horloge par la police de Bédié. C’est un revanchard, il n’hésitera pas à envoyer ses frères Dozos pour s’occuper de tous les responsables de cette fronde parlementaire. Leur domicile, leurs femmes et leurs enfants sont plus qu’en exposition devant les dozos et autres gogos.

Il y a quelques mois nous avons dit ici même que dans un avenir très proche, des militaires ivoiriens seront arrêtés et jeter en prison pour tentative de coup d’état une manière simple de se débarrasser d’eux. On nous disait que se sont des inventions de notre esprit. Observez aujourd’hui les disparus et les détenus des prisons militaires et vous verrez qu’ils sont pour la plupart originaire du sud et sont de confession chrétienne.

En réalité le Dr Allassane Ouattara, cherche à crucifier le PDCI-RDA, si non le mettre à genoux. Exactement comme ordonnait le maître hier dans nos écoles primaires. Les chances de succès d’une telle entreprise sont évidentes. Car le PDCI-RDA, à toujours dit qu’il ne veut pas être dans l’opposition. Il veut être un parti de gouvernement. comme les vaches de l’étable qui veulent être toujours près de la mangeoire.

Sauf qu’à force de manger à toutes les sauces on finit par dîner avec le diable et tomber dans son piège. Car aussitôt après la dissolution du gouvernement de nombreux ministres et parlementaires du PDCI-RDA se sont précipités auprès des apparatchiks du RDR, soit pour défendre leur bilan soit pour dire que leurs comportements répondaient aux instructions du président Bédié. Voilà des gens minables et sans conviction qui veulent que la politique vienne vers eux.

Quand on a encore un peu l’estime de soit, il faut être capable de se poser les bonnes questions pour réapprendre à marcher comme dans une sorte de physiothérapie. Pourquoi le Bureau politique du PDCI est-il aujourd’hui absent dans la vie du Parti ? Alors qu’il est l’organe de guidance et d’exécution de la marche du parti vers le pouvoir ?

Bizarrement et avec toutes les casseroles qu’il traine derrière lui, le PDCI RDA, est le seul parti qui peut mettre fin au pouvoir du Dr Allassane Ouattara. Un mot d’une direction renouvelée appelant les ivoiriens à descendre dans les rues et ce sera la fin du RDR, des dozos, des FRCI et de tous ceux qui terrorisent les ivoiriens.

C’est beaucoup plus le Dr Allassane Ouattara, qui a besoin du PDCI-RDA. Voilà pourquoi le président Bédié, qui veut passer la main est obligé de rester à la tête du RDA de Côte d’Ivoire. Le Dr Allassane Ouattara doit remercier ceux qui le lui disent ouvertement. Car il ne sera plus le brave dans la nouvelle recomposition qui se profil à l’horizon.

III – Responsabilités du président Bédié

Cette alliance avec le RDR, que nous évoquions plus haut, n’est-elle pas contre nature, sinon le fruit de la désaffection de la base du Parti contre sa propre direction ? Que devient le mandat d’arrêt international du régime Bédié contre le Dr Allassane Dramane Ouattara ?

Nous savons tous aujourd’hui que le président Bédié qui a des intérêts énormes en France fut prié par ses amis Français de soutenir le candidat de la France, le Dr Allassane Ouattara. Au risque de perdre ses avoirs, intérêts et autres propriétés dans l’hexagone.

Ainsi au nom de ses propres intérêts sordides, mesquins, mercantiles et sans organiser un congrès en bonne et du forme il est allé aux élections avec la chute du FPI en ligne de mire et assister aujourd’hui à la vassalisation de son propre parti le PDCI-RDA, désormais au service des intérêts de gouvernance du RDR dans une soumission à plat ventre, avec de temps à autre comme c’est le cas aujourd’hui, un baroud d’honneur pour se donner bonne conscience et un semblant d’existence.

Si les dirigeants du PDCI-RDA étaient des ivoiriens sincères ils devaient quitter le gouvernement quand ils avaient fait le constat que le pays évoluait vers une république islamique. En voyant des prisonniers de confession chrétienne déportés dans le nord avec des geôliers musulmans et un gouvernement composé à 90 % de musulmans.

Le PDCI-RDA devait claquer la porte du Gouvernement depuis longtemps. Avec son premier-ministre de figuration. Quel est aujourd’hui, la position du PDCI-RDA face aux massacres des wês et à l’occupation des terres fertiles de l’Ouest ivoiriens par des Burkinabés convoyés par cars entier pour alimenter une colonie de peuplement en Côte d’Ivoire?

III – Quand le PDCI-RDA s’éveillera

Avant de jouer aux faux braves les membres du PDCI-RDA doivent faire le ménage et surtout mettre de l’ordre dans leur propre camp et dans les méthodes de fonctionnement de ce parti. Cela lui permettra de se réveiller, de rester éveillé et de vivre avec son temps.

Nous pensons sincèrement que la force de la démocratie, réside aussi dans le fait que dans une démocratie, on peut se poser des questions sans être sûr de détenir les réponses, car dans un système totalitaire on évacue les questions gênantes en tuant celui qui les pose sur la place publique. Cette coercition permet de tuer la pensée gênante et la liberté de penser qui est le trépied de la démocratie.

Nous devons poser toutes ces questions gênantes pour que le PDCI-RDA se réveille pour solder la querelle de succession des houphouëtistes, qui est le virus qui conduira sans doute ce parti vers la tombe, pour faire du RDR, le parti qui tirera les marrons du feu en ramassant tranquillement l’héritage incontournable de Félix Houphouët-Boigny, c’est-à-dire l’étendard du RDA et tout ce qui va avec dans la vie politique ivoirienne.

La lucidité étant une exigence de l’histoire humaine, nous ne cacherons pas le fond de notre pensée sur le mode de fonctionnement de ce parti. Cela étant dit, revenons à la marche interne du PDCI-RDA, pour comprendre que ce parti a crée lui-même les conditions d’un mode opératoire inefficace, passéiste et rétrograde.

Comment peut-on reconquérir le pouvoir d’Etat avec des structures et des organes passéistes aussi pléthoriques qu’inefficaces ?

– 9 vice-présidents pour seconder le président du Parti

– Un Grand conseil complètement absent de la vie du parti

– Un conseil politique de 296 personnes

– Un bureau politique de 753 personnes

– 16 membres au conseil de discipline

– 33 membres dans le conseil de l’ordre du bélier

– 21 Membres dans le conseil de médiation

– 26 membres dans le conseil de promotion de la femme

– Auxquels il faut ajouter les secrétaires nationaux ou délégué régionaux

Même le parti communiste soviétique au temps de sa splendeur sous Joseph Staline ou Léonid Brejnev, n’était pas aussi centralisé et pléthorique dans son fonctionnement, que ce que nous montre le PDCI-RDA, aujourd’hui. Mais enfin personne ne voit que cette construction titanesque est un mastodonte immobile ? Sincèrement, ne sommes nous pas dans un cas de figure ou on a déployé un effort gigantesque pour construire l’inefficacité ?

Celui qui rédige ces lignes a examiné le fonctionnement des partis politiques au pouvoir, au Sénégal, au Burkina, au Bénin, au Niger, au Chili au Brésil et celui du congrès national démocratique du Ghana qui a porté notre frère le défunt Pr. John Atta Mills, au pouvoir.

Aucun parti politique au monde ne fonctionne avec une organisation hippopotamus aussi lourde et incapable de se mouvoir dans un environnement politique de reconquête qui nécessite un travail de proximité pédagogique et d’orientation des militants dans un pays malade, fragile et économiquement à genoux !

Celui qui écrit ces lignes n’a pas besoin du PDCI pour vivre. Il s’agit ici de pointer du doigt sans démagogie une pesanteur structurelle qui a joué contre le parti et ses ambitions de direction de l’Etat de Côte d’Ivoire. Il faut aussi voir la nature des hommes, car ce deuxième tour de la présidentielle ivoirienne avait vu des membres de la direction du PDCI-RDA se rallier au Dr Ouattara et d’autres au Parti de Laurent Gbagbo.

Quelle image les ivoiriens ont-ils gardée de ce parti aujourd’hui ? Pouvons-nous compter sur un minimum de cohérence de la part du PDCI en cas de crise grave demain dans notre pays ? Le PDCI-RDA, a joué au faiseur de roi. Est-il dans la meilleure position aujourd’hui ?

Qu’est-il resté de lui après la victoire du Dr Ouattara ? Le PDCI est-il prêt à abandonner sans combattre la ligne du nationalisme intransigeant dans laquelle se reconnaissaient hier encore les prisonniers du RDA de Grand-Bassam, dont Jean-Baptiste Mockey, Ekra Mathieu et Bernard Dadié ?

Nous affirmons ici qu’aucune renaissance ne sera possible sans un début de réponses courageuses à toutes ces questions que nous considérons en tant qu’observateur comme les fondamentaux de la rénovation politique nécessaire pour l’aggiornamento de la section ivoirienne du rassemblement démocratique africain.

IV – Postulat de conclusion générale

Le Dr Allassane Ouattara, est sans doute l’homme le plus chanceux de la terre. Il a deux pays. Il fut représentant de l’un dans des institutions financières internationales et est devenu le président de la république de l’autre. Il a trouvé en Côte d’Ivoire une classe politique versatile, médiocre et matamore.

Il a aussi ramassé par terre le flambeau des luttes de successions, ainsi que l’étendard des revendications identitaires et ethno religieuses. A cela s’ajoutent ses amitiés extérieures, le soutien de la France et les rivalités internes entre les ivoiriens eux mêmes. Son programme de campagne, ses promesses de milliards et surtout sa volonté d’édification d’une société ivoirienne juste pour tous séduit le parti de la mangeoire, qu’est le PDCI-RDA.

Le résultat est devant nous, le PDCI a les mains liées dans le dos dans une alliance ou il a perdu son âme. Les Dozos, les Zozos, les gogos et leurs frères FRCI, ont fait du pays des éléphants un état de non droit. Seuls les musulmans et les originaires du nord sont libres. Ils ne sont pas bizarrement concernés par les rackettes les braquages et autres spoliations de maisons et de plantations.

C’est en ce moment là que le parti qui dormait et qui avait quelques strapontins ministériel se réveille. Brusquement en érection comme un grabataire devant une vierge de 15 ans, il veut jouer au matamore en oubliant que ses couilles sont sur le crochet du boucher qu’est le RDR.

Ce parti avec ses dozos égorgeurs et autres FRCI, est près à tout pour conserver le pouvoir. Nous ne sommes pas de ceux qui jetteront des pétales de rose et du riz sur le chemin de mariage entre Bédier et Ouattara. Ils sont tous les deux devant leurs responsabilités. Rendre la Côte D’ivoire vivable pour tous.

C’est ici qu’il faut dire à nos parents du PDCI-RDA, qu’au fond le plus important pour les ivoiriens, c’est la nature du ciment qui soude la collectivité nationale. Car la société ivoirienne d’aujourd’hui est la résultante d’une hybridation de populations favorisées par les aléas de l’histoire (une longue histoire de sédimentation, de turbulence, de combats communs contre l’ordre colonial, de cohabitation et d’espérances communes). Voilà pourquoi nous parlons souvent de courage politique pour assumer la responsabilité de direction de notre pays, la Côte d’ivoire.

– Le courage en politique est d’abord une attitude, celle qui consiste à couper court à un enthousiasme démesuré, à rompre avec des peurs collectives, à s’opposer à des rumeurs, à ramener les sujets au niveau qui doit être le leur, en calmant les ardeurs des excités de son propre camp. Car on ne remporte pas une victoire contre la nation, mais avec la nation qu’on veut gouverner.

– Comme vous le constatez les conditions d’émergence et de stabilisation de la paix et de la démocratie en Côte d’Ivoire sont donc loin d’être remplies. Il s’agit de les explorer, de les expérimenter dans le mouvement même qui porte les ivoiriens à s’initier à la citoyenneté ; à se délivrer des catégories politiques du bien et du mal.

– À se défaire des opinions définitives et des oppositions tranchées ; à faire l’apprentissage de la diversité et de la tolérance, de la nuance et du compromis sur quelques valeurs essentielles entre ivoiriens ; à vivre en respectant les différences, en acceptant les divergences, en recherchant le consensus sur les équilibres du vivre ensemble et en s’accommodant pour le reste de vérités contraires, d’incertitudes partagées, de majorités et de minorités provisoires, de victoire partielles et de défaites surmontables.

Chers amis étudiants et chers compatriotes, l’une des grandes questions qui découle de notre modeste analyse et sa réponse, n’ont pas varié, oui nous voulons tous une Côte d’Ivoire digne et prospère pour tous ses enfants, Mais une Côte d’Ivoire debout, car c’est debout qu’on écrit l’histoire, sa propre histoire !

Merci de votre aimable attention.

Dr Serge-Nicolas NZI

Chercheur en Communication

Lugano (Suisse)

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