Adama Dahico : « J’assume mon amitié avec Gbagbo »

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Révélé aux Ivoiriens et au monde entier par son talent de grand humoriste, Adama Dahico, de son vrai nom, Dolo Adama, a surpris plus d’un, en se portant candidat à l’élection présidentielle de 2010. Où il a obtenu un score honorable, battant certains candidats qui cumulent plus de vingt ans de présence sur la scène politique. Ses relations d’amitié avec Laurent Gbagbo, il ne s’en cache pas et l’a même réaffirmé le 11 avril dernier, à l’occasion de la cérémonie de commémoration du 11 avril par le CNRD, à laquelle il a pris part «pour témoigner son amitié à Laurent Gbagbo et apporter son soutien à sa famille politique, en ce 11 avril 2013». Il s’est ouvert au Nouveau Courrier pour la circonstance.

Comment avez-vous vécu ce 11 avril 2011?

Pour nous qui sommes restés à Abidjan et qui avions vécu certaines émotions avant même le 11 avril (2011, ndlr), je me suis posé une question : c’est donc pour ça qu’ils ont fait cela ? Après quoi je suis rentré dans ma chambre, j’ai prié pour dire merci à Dieu pour tout ce qu’il a fait. J’ai confié la Côte d’Ivoire et le président Laurent Gbagbo à Dieu. Pendant les évènements d’avril 2011, je n’ai pas fui. Tout le monde savait où j’étais.

J’ai dit que je suis un président, je n’ai pas besoin de fuir. Je suis resté là. Je me disais que si on doit me prendre, il est préférable qu’on me prenne chez moi, devant mes enfants. J’étais donc dans mon «bunker», je n’ai pas bougé. Avec mes enfants nous avons vécu tous ces évènements en direct. Je saurai donc demain quoi dire aux Ivoiriens et j’en suis fier.

Quel sens donnez-vous à votre présence lors de la commémoration du 11 avril par les partisans de Laurent Gbagbo.

Dans la vie, il n’y a pas que des hauts, il y a aussi des bas. J’accorde un sens très important de par mon éducation à ce que c’est que l’amitié. L’amitié, c’est aussi dans les moments de joie et de peine. Je suis l’un des humoristes africains décoré par un chef de l’Etat lui-même à l’âge de 37 ans. J’ai pu mener beaucoup d’activités culturelles et surtout le développement de l’humour en Côte d’Ivoire a été possible grâce à l’apport et l’appui du président Laurent Gbagbo.

Et depuis le 11 avril 2011, il n’est plus aux affaires avec ce que nous avons connu. Et si aujourd’hui, sa famille politique marque un arrêt pour commémorer ces moments difficiles, parce qu’il faut reconnaitre que beaucoup sont encore en prison ou en exil, les amis du président Gbagbo ne peuvent qu’être à leurs côtés pour les soutenir. Nous étions là hier quand c’était bon, et nous sommes encore là aujourd’hui quand ils traversent des moments difficiles. Il ne faut surtout pas se décourager, il faut être fort et continuer le combat pour la démocratie. Et revenir au pouvoir un jour, avec des idées, un programme. Et c’est ce que justement je suis venu signifier aux uns et aux autres. Je suis toujours avec eux et on est ensemble.

Adama Dahico a disparu de la scène ivoirienne. Pourquoi ? Pourrait-on s’attendre à vous revoir de plus en plus sur la scène ivoirienne ?

Oui, c’est vrai que je joue beaucoup à l’extérieur. Et je prépare présentement mon prochain livre «Eh Djah ma vieille» qui va bientôt sortir. Mais également dans deux ou trois mois je vais présenter mon nouveau spectacle intitulé, tenezvous bien, «du CP1 à la CPI». C’est un titre évocateur, le spectacle durera 1h 30 minutes. Ça sera un «One-man-show» et les gens verront Adama Dahico dans toute sa dimension humoristique.

Adama Dahico et la politique, c’est terminé?

Non et non. Depuis 1999, je suis dans la politique. Je fais de l’humour sociopolitique. Moi mon style politique c’est de caricaturer, de dénoncer, de critiquer et de détendre aussi l’atmosphère. C’est de toucher les sujets les plus difficiles à comprendre, passer en dérision les situations les plus difficiles. La politique pour moi n’est pas exclue dans le travail que je fais. Maintenant, je ne suis pas militant officiel d’un parti politique. Mais je suis imprégné de la réalité sociopolitique et j’écris toujours mes sketches dans ce sens.

Vous n’êtes plus visible sur le petit écran, victime d’une censure qui ne dit pas son nom, parce qu’on vous accuse d’avoir soutenu Laurent Gbagbo. Avez-vous des regrets…?

Vous savez, on dit que ce qui ne vous tue pas, vous rend plus fort. Je suis un artiste engagé, je ne suis donc pas étonné, je m’y attendais. C’est le contraire qui m’aurait surpris. C’est vrai qu’on ne me voyait pas à l’écran, et ce sont des choses qui ont pu se régler sans qu’on fasse «j’ai l’honneur », parce que je n’avais pas reçu un document officiel qui me signifiait que j’étais censuré et je n’ai non plus reçu de document officiel qui levait la censure contre moi. On a fait un spectacle récemment avec Mamane intitulé «Gondwana City» qui a été diffusé après à la télé. Donc, on attend de voir la suite.

Choqué… oui. Parce que dans un pays qui se veut démocratique où l’on doit laisser tout le monde s’exprimer, et aussi quand on parle de réconciliation, on doit laisser chacun travailler. Parce que c’est un média d’Etat. A l’époque, certains se sont plaint pour dire que tout le monde ne passe pas. Et si les mêmes choses se répètent, cela veut dire qu’il n’y a pas eu de changements.

Je n’ai aucun regret. Au contraire ça m’a permis de travailler et de savoir surtout qui est mon ami et qui «est mon amitié», comprenez ce que je veux dire. J’ai même un album 100% reggae qui va sortir très bientôt, avec des textes poignants, pour dire que je continue mon travail. Je n’ai donc aucun regret, cela fait partie de mon histoire, de ma carrière et j’assume. C’est pour vous dire qu’il faut effectivement que les gens comprennent que la Côte d’Ivoire n’a pas 10 ans ou 20 ans.

La Côte d’Ivoire est un pays mature et nous avons des hommes et des femmes matures. Et je ne veux pas qu’étant majeur, on m’élève au rang de mineur, ce n’est pas possible ni acceptable. En tant que leader d’opinion, on ne vous a pas encore entendu sur la question de la réconciliation nationale.Vous savez, je suis un enfant bien éduqué.

Je me suis rendu personnellement chez le président Banny (président de la CDVR, ndlr) et je lui ai dit ceci, après lui avoir raconté tout ce que j’ai vécu comme difficultés après la crise comme beaucoup d’Ivoiriens d’ailleurs : «je suis venu me mettre à votre disposition pour toute action de réconciliation et de paix en Côte d’Ivoire». Je crois qu’il n’y a pas meilleure façon de démontrer mon engagement pour la réconciliation. Je n’ai pas quitté le pays durant tout ce temps. Et j’ai toujours accordé des interviews où je parle de réconciliation et paix. J’ai été candidat aux élections présidentielles, donc je suis là pour accompagner le pays dans une dynamique de réconciliation et de paix.

Maintenant, j’ai été à la RTI à l’époque avec un projet d’émission. Et on m’a dit qu’on analyserait mon projet jusqu’à ce jour. Alors que je ne savais pas que j’étais sur une liste d’artistes censurés à la RTI. Et c’est après que j’ai compris. Il y a eu la caravane pour la réconciliation avec les artistes de renom.

Mais moi Adama Dahico, je suis une icône de l’humour en Afrique francophone j’étais là. Il était plus facile pour les gens d’aller chercher des artistes à Paris que d’aller chercher Adama Dahico à Abobo. Parce que le transport de ces gens là pour se rendre à Abobo est tellement élevé en Euros qu’il fallait aller chercher des artistes à Paris.

Je n’ai pas été invité et j’ai été choqué. Mais après je me suis dit que je ne suis pas le seul artiste, nous sommes plus de 4000 artistes. Si c’est seulement peut être 200 artistes qu’ils ont choisi et que je n’en fait pas partie, ce n’est pas grave. Pourvu qu’ils atteignent leur objectif de réconciliation. Sinon je suis là, tant qu’on aura besoin de moi pour parler de paix et de réconciliation, en tant qu’Ambassadeur de paix, j’y serai.

En tant qu’Ambassadeur de paix justement, quelles sont vos propositions dans le sens de la réconciliation ?

D’abord, nous savons tous ce qui nous divise. Que les uns et les autres acceptent de s’asseoir autour d’une même table pour discuter. On va finir par ça, donc mieux vaut commencer cela dès maintenant. C’est parce qu’on a pu avoir des négociations, des discussions étant assis, qu’on a pu se rendre à des élections. Maintenant s’il y a eu des problèmes après, asseyons-nous toujours et discutons. On trouvera une solution au problème de la Côte d’Ivoire. Que tous ceux qui ont été candidats à la présidentielle soient investis d’une mission de paix et de réconciliation.

Adama Dahico se sent-il libre aujourd’hui de ses faits et gestes ?

Pour le moment, je me promène sans gardes du corps. Je suis à Abobo, dans la commune des Commandos visibles, je n’ai pas de garde du corps, même pas un garde «floko» pour ma sécurité, pour quelqu’un qui a été candidat aux élections présidentielles. Vous savez j’ai toujours dit que je ne me reproche rien. Je suis protégé par Dieu et des amis de bonne volonté. Peut-être qu’il y a des choses que je ne devrais pas faire, mais pour le moment je marche tranquillement.

Adama Dahico sera-t-il candidat en 2015?

Attendons 2015 pour voir, parce qu’on ne m’a pas encore remboursé mes 20 millions de Fcfa (la caution de la présidentielle, ndlr). Et l’argent qui avait été promis aux candidats par une certaine institution, je n’ai pas encore reçu ma part.

Propos recueillis par Frank Toti

 

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