05 FÉVRIER 2005 – 05 FÉVRIER 2011: Lettre d’Outre-tombe d’un père à son fils

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Samedi 05 février 2005 : le Togo tout entier apprend incrédule, le décès du Général Eyadema, Timonier national, l’homme du 13 janvier et de Sarakawa !
Samedi 05 février 2011, 6 ans après, Feu Eyadema depuis sa dernière demeure brise le silence sépulcral. Il décide de prodiguer des conseils utiles à son fils, héritier de son passif.

« Mon fils, écoute mes supplications et allège le fardeau de mon peuple,
De là où je suis, je ne puis feindre d’être satisfait. Je suis très amer, mais hélas je ne peux rien faire.
J’ai pêché contre mon peuple bien-aimé, je n’ai pas eu le temps de lui dire pardon. La mort m’a brusquement emporté. Comment ai-je pu me méprendre à ce point ? Et pourtant, avec leur soutien, ensemble on avait fait de ce beau pays la Suisse de l’Afrique. Qu’est-ce qui a pu bien m’arriver au point que je ne termine mal l’œuvre d’un Togo Nouveau où règne la justice, l’équité et un bon vivre ensemble ?

Mon vain amour et mon intérêt égoïste pour le pouvoir m’ont détourné des vraies préoccupations de mon peuple. Je suis impardonnable ! Je ne le réalise que maintenant. Quelle tristesse ? Mon âme souffre le martyr dans la géhenne. Dans mes lamentations, j’ai pensé à toi. Dans mes songes noirs, j’ai pensé à toi. Puis, je vois l’ouragan de la révolution maghrébine et sa déferlante ! Rien ne saurait leur résister.
 
De là où je suis, tout se sait mon fils ! Ce n’est ni l’armée sur laquelle tu t’appuies maintenant et sur qui j’implore la miséricorde du ciel, ni ton entêtement à s’accrocher au pouvoir qui triomphera de la Nature qui est en train de reprendre ses droits en Afrique !
Dans la mienne dimension actuelle, nous voyons un nouveau soleil se lever radieux sur l’Afrique. Il ne vient point de l’est, ni de l’Occident. Celui qui se lève est naturel. Il point donc de l’Orient pour apporter la lumière aux peuples opprimés et mettre à nu les imposteurs. Les imposteurs n’ont plus droit de cité. L’heure de la débandade a sonné pour eux. Contre la fureur du peuple, ils ne pourront rien. L’héritage, les richesses les biens matériels mal acquis, les relations obscures, la corruption, la manipulation des consciences ne seront pour eux d’aucun secours.
Dans leur entêtement, ils fuiront abandonnant richesses luxuriantes, femmes et biens de toutes sortes. Les plus téméraires périront sous le glaive des peuples.

Et maintenant mon fils écoute moi. Malgré tout, tu as une porte de sortie honorable car j’ai révélé à l’auteur du présent texte toute ma tristesse. Je l’ai supplié d’écrire. Il n’a point accepté jusqu’à ce que l’Eternel n’obtienne de lui que mes augures te parviennent par écrit.
Vas ! Annonce la bonne nouvelle au peuple. Celle de sa libération ! Dis-lui : du nord au sud, de l’est à l’ouest, il n’y aura plus d’injustices. Les détentions arbitraires sont proscrites. Les violations des droits humains appartiennent à un passé lointain. Dans le pays nouveau qui brille aux mille éclats du soleil d’Orient, les prisonniers politiques seront libérés, et paix des braves, tu feras avec tes frères. Ceux qui se sont rendus coupables d’une infraction seront jugés et punis à la juste hauteur de leur crime. Les juges iniques seront frappés et écartés. Leur aveuglément ne saurait résister à la puissance du soleil d’Orient. Je vois les Togolaises et Togolais retrouver leur lustre d’antan. Voici, l’heure de la vraie réconciliation a sonné ! Tu n’as plus le droit de garder des prisonniers sans jugement dans les geôles togolaises. La réconciliation doit commencer par ta maison afin de rejaillir sur la Nation toute entière. Indicible abomination ! Certains des fils de mes entrailles sont gardés sans qu’aucun crime ne leur soit imputé et que justice ne leur soit rendu. As-tu perdu la raison ? Les Togolais sont réduits à la mendicité, peux-tu me dire leur tort ? Tu as failli, mon fils !

Pour le bien du peuple, et pour que mon âme soit absoute, médite mon exhortation et prends les décisions requises :
Convoque l’assemblée des peuples ! Annonce le retour à la loi fondamentale que rien ne saurait me pardonner d’avoir galvaudée. Renonce à la présidence à vie en acceptant la limitation à deux du mandat présidentiel. N’oublie pas, la nature et à plus forte raison Dieu a horreur des balances injustes. Et ce n’est point par la justice que la Constitution fut pervertie sous mon règne. C’est pourquoi, tu dois prendre la mesure du volcan en ébullition. Il médite des chamboulements monstres contre les nations au cœur endurci. Tu dois avoir comme fiancée la justice et tout ce qui est agréable à l’ordre cosmique et divin. Pendant que tu as encore le pouvoir, annonce le retour au scrutin majoritaire à deux tours. Procède à un nouveau et juste redécoupage électoral. Les institutions de la République n’ont pas vocation à veiller sur tes roueries, mais sur la nation toute entière. C’est pourquoi tu dois les réformer. La Cour Constitutionnelle doit être recomposée. Pour ton salut, et pour sauver ce que j’ai pu gagner honnêtement, ainsi que ce qui reste de ma progéniture, tu devras faire de même pour toutes les institutions impliquées dans les processus électoraux. Je ne te lâcherai point avant que tu n’aies fini de remettre de l’ordre dans les institutions et rétabli la République sur ses fondements.

Si tu veux sortir par la Grande Porte, prends garde à écouter mes conseils. Mon cœur n’est point à la fête. Six longues années que je me morfonds pour intervenir, pour soulager le peuple, le tien, le réconcilier avec lui-même afin que mon âme retrouve « le repos ».
 
Si tu as encore une place dans ton cœur, si un coin de ton oreille est sensible à mes cris, si tu as de la compassion pour mes œuvres, les bonnes et les moins bonnes, alors accède à ma requête. Fuis comme la peste, mes anciens collaborateurs qui te fourvoient de même que notre « sorcier blanc » et tes copains aux dents acérées. Car ils te diront toujours des mauvais présages. Leur seule préoccupation c’est leur pain. Mon fils, si seulement tu peux sortir de ta bulle quelques secondes ! Tu te rendras compte que c’est un pain de malédiction ! Ne les écoute pas. Ils sont tous des mauvais conseillers qui te fuiront lorsque le volcan gémira sous tes pieds.

Le pays est devenu le gîte des chacals et des félins de tout genre. Ils sont insatiables ! Ils ont ruiné et continuent de ruiner le peuple. Ceux qui pillent n’en ont jamais assez. L’avidité a fini par noircir leur cœur. Ils ne disent jamais : nous avons assez, travaillons pour le peuple.
C’est pourquoi la colère du peuple les emportera ! Toi, sois sage, quitte le pouvoir dignement avant que celui-ci ne t’abandonne. Le peuple te le reconnaîtra. Organise des élections transparentes, équitables, justes et démocratiques. Ce sera à jamais à ton honneur !
De là où je suis, je ne puis faire renaître le passé glorieux des Togolais à jamais enfoui avec mes actes manqués.

C’est toi qui as désormais la grâce car sur la scène. Tu as la possibilité de me réhabiliter en faisant ce qui est convenable. Fais-le plus tôt ! Sinon, tu seras hanté par la fuite du temps, la perspective inéluctable de ton fin de règne. Elle avance à grand pas, à la lumière de l’éclat du soleil oriental.

Dois-je pouvoir compter sur toi ? En six ans, tu dois avoir fini de faire le tour de la question et réaliser qu’il est temps de jouer le dernier acte de la pièce pour fermer définitivement le rideau derrière toi. L’armée togolaise est très disciplinée, pour peu que son Chef Suprême décide de faire les choses comme il le faut. L’heure de l’instrumentalisation de l’armée est à jamais révolue ! Prends note qu’elle ne sera plus pour toi un appui inébranlable, car le soleil du peuple point au zénith !

Mon fils, mes six ans de disparition doivent être placés sous le signe de la volonté et de la sincérité.
Volonté de libérer et de réconcilier le peuple avec lui-même, et la douloureuse histoire du Togo !
Sincérité dans les actes et les réformes incontournables pour le retour de la confiance et du vivre ensemble dans la paix et la concorde.
Tel est mon précieux message à toi avant qu’il ne soit trop tard car implacable est le changement en route ! »

VIGNON K. Mawupémon, le médium
[email protected]
Washington, le 04 février 2011

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