« On n’a jamais le dernier mot avec les personnes de mauvaise foi » – Jean Dutourd

Le Togo est un pays entièrement à part dans la région ouest-africaine. C’est le seul repaire aujourd’hui où l’alternance est en souffrance et où une seule famille tient les rênes du pouvoir depuis une cinquantaine d’années.

Le jeune Prince avait avoué son intention dès le départ en affirmant que son père lui a conseillé de « ne jamais lâcher le pouvoir ». Sauf que personne n’avait voulu le croire. Aujourd’hui les Togolais sont mis devant le fait accompli.

Il est de plus en plus clair pour tous que Faure Gnassingbé n’entend pas renoncer au pouvoir politique qu’il a usurpé à la faveur d’un triple coup d’État militaire, constitutionnel et électoral en 2005. C’est ce qui explique son refus obstiné d’opérer les réformes constitutionnelles et institutionnelles prescrites par l’Accord politique global (Apg) en 2006, des réformes pourtant nécessaires à la consolidation de la démocratie, de l’Etat de droit, de la bonne gouvernance et de la réconciliation nationale au Togo.

Cet accord qui lui a permis de légitimer son pouvoir au moment où il était en difficulté est curieusement décrété aujourd’hui, on ne sait au nom de quoi, « caduc ». Et c’est cet argument bancal que proclament urbi et orbi les troubadours au service de la dictature. Débordant d’imagination fertile et faisant montre d’un zèle morbide, les tenants de cette thèse ont justifié cette « caducité » made in UNIR par le fait que certains des signataires de l’APG, notamment Eric Amerding qui a paraphé le document au nom de l’Union des forces de changement (UFC) n’est plus de ce monde et d’autres acteurs qui ne sont plus sur la scène politique et que de ce fait, on ne peut plus évoquer cet accord.

Or les mêmes personnes ont oublié que Gnassingbé Eyadema qui avait fait tripatouiller la Constitution plébiscitée à environ 98% par le peuple togolais le 27 septembre 1992 n’est non plus de ce monde, mais c’est cette constitution traficotée que se fonde Faure Gnassingbé pour rester ad vitam aeternam au pouvoir. Dans le même ordre d’idée, l’accord dit « historique » conclu entre l’ex-RPT et l’UFC qui a consacré la participation des amis de Gilchrist Olympio au gouvernement devrait être déclaré « caduc » puisque le RPT n’existe plus et le gouvernement dans sa composition actuelle n’a pas sa raison d’être.

Dans l’entourage de Faure Gnassingbé, beaucoup sont convaincus que leur patron n’est pas prêt à faire les réformes politiques. Un de ses proche nous a même fait des confidences sur les manœuvres du jeune prince pour endormir les Togolais et pouvoir gagner du temps jusqu’à la présidentielle de 2020. Ce cadre du parti au pouvoir était sérieux. La seule préoccupation de Faure Gnassingbé est de demeurer au pouvoir et de se ménager une présidence à vie.

Si après 38 ans de règne sans partage de Gnassingbé Eyadema avec tout le tort qu’il fait à ce pays et au peuple togolais, Faure Gnassingbé veut aussi s’éterniser au pouvoir, c’est assez grave. Le Togo ne saurait se singulariser dans une sous-région en proie à des mutations démocratiques. Il revient aux Togolais de trouver les voies et moyens pour se libérer du joug de la dictature des Gnassingbé. Comme le dit si bien Patrice Lumumba, « sans la lutte, vous n’obtiendrez rien, ni aujourd’hui, ni demain ».A méditer !

Liberté

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