Chroniques des vieilles V : Togo, intelectuel Placebo [ Gomalex Anani Logo ]

« Le plaisir et l'encouragement moral que procure le travail ne doivent plus succomber à la recherche effrénée de profits fugitifs. Ces jours sombres nous récompenseront de tous les efforts qu'ils nous auront coutés, s'ils nous apprennent que notre destinée n'est pas d'être assistés, mais bien de nous assister nous-mêmes et nos concitoyens. Reconnaitre la fausseté des biens matériels comme critère du succès va de pair avec la remise en question de la croyance selon laquelle les fonctions officielles et les plus hautes charges politiques se mesurent seulement à l'aune de la fierté d'occuper un poste et en fonction du bénéfice personnel »

(Discours d'investiture de Franklin Delano Roosevelt, 4 mars 1933)

« Honte à ces fainéants de la République
Qui, depuis vingt-cinq ans, sans état d’âme,
Posent leurs fesses sur des chaises indignes
Dans une salle inappropriée, où sans vergogne,
Ils reçoivent leurs homologues des autres pays ! »

Bodi Banche BODELIN
(Honte aux députés togolais! [Extrait] Togo, au nom de la Patrie !, Kara, 21 mai 2016)


Il y a une distorsion de plus en plus terrible, de plus en plus indécente entre le devoir de l’intellectuel togolais et les petites gesticulations des femmes et des hommes dits de culture dont le discours ou les actes globaux ne s inscrivent dans le domaine culturel que parce que cette « production intellectuelle », dont la substance est une sorte d’appropriation de l’histoire des autres, de quelques faits culturels des autres, s’est faite dans les centres culturels : l’histoire des autres devient culture chez soi ! Le plus souvent les thèmes traités et la théâtralité des conférenciers laissent pantois plus d’un auditeur. A la fin des séances, on ne retient que la culture « immense » du conférencier qui se décline par des prises de position narcissiques. Le citoyen togolais peut parfaitement se passer de cette ringardise qui n’apporte rien à la culture. Culture ? Mot galvaudé et prostitué par ceux qui ont intérêt à maintenir d’autres dans l’ignorance. J’ai été désagréablement surpris en lisant sur icilome.com un monsieur, docteur en économie et professeur de son état, qui, ne conçoit et ne voit l’utilité de la culture qu’en ceci qu’elle serait une formidable pourvoyeuse d’emplois et de recommander doctement cyniquement, une industrie culturelle à la taille planétaire ! Indigence intellectuelle dont celui-là n’est malheureusement pas le seul dépositaire.

Et nous voilà encore lancés dans un débat autour de la malheureuse proposition d’un Kpodjro Fanoko mal inspiré, laissant de côté la lettre des évêques parce que le commentaire pourrait fâcher un Faure Gnassingbé plus proche d’Hérode II le tétrarque de la bible : notez bien qu’en citant Hérode de la bible dans cette bondieuserie ambiante, le peuple comprendra que d’un tyran sanguinaire l’on parle et cela, l’intellectuel ne voudra pas parce que cela lui coutera son pain !

Si j’étais intellectuel je dirais clairement ce que je pense de la situation politico sociale de mon pays et je formulerais des propositions pour améliorer le quotidien de mes concitoyens au lieu d’aller distraire avec mes discours verbeux ! Je dirais par exemple que la racaille gouvernante est un danger pour la République et que Agboyibo, Fabre, Gnininvi, Kodjo, Olympio, Houngbo, Houmey et consort sont des complices objectifs de la dictature. Je ne m’alignerais pas. Je dirais que tout nouveau départ passe par l’abandon forcé du pouvoir par Gnassingbé le tétrarque de l’armée. Je m’engagerais personnellement dans ce' désencombrement. L’histoire ne se répétant pas, je n imiterais point servilement les universitaires qui courageusement avaient libéré le langage (dont j’en use si effrontément) en multipliant dans ces années-là les conférences-prétextes pour s’écharper devant un auditoire qui a compris, ô combien compris le message ! que nul n’a le monopole de la vérité et que ce Togo-ci est irréductiblement un héritage commun. Autre temps, autre mœurs, je comprendrais qu’on ne pourra plus être Eyadema ni Sylvanus, ni même Koffigoh ou Yovodévi mais qu’on pouvait être soi même et imprimer sa marque à l histoire au lieu de la traverser comme le nageur audacieux de Maalouf traverse le Nil, n’en modifiant ni le cours ni la crue.

Malheureusement je ne suis pas intellectuel. Et c'est triste.

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Lomé, le 24 mai 2016 

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