Après plusieurs jours de manifestations, les occupants de la place Tahrir ont obtenu gain de cause ce soir. Le président, membre des frères musulmans, Mohammed Morsi a été démis de ses fonctions par l'armée. L'Etat major a annoncé une période de transition pilotée par la cour constitutionnelle. Au Caire, la situation est explosive, entre liesse des révolutionnaires et colère des anti-morsi qui dénoncent le coup d'État.

Mercredi soir, l’armée a annoncé sur sa page Facebook qu’elle prononcerait un communiqué. Pour leur part, les forces politiques d’opposition se sont rassemblées derrière Mohammed El Baradei, ancien diplomate cairote, un temps pressenti pour la succession de Moubarak. Ces forces d’opposition, réunies sous la bannière « Front de salut national » avaient annoncé qu’elles prendraient la parole ce soir pour annoncer une feuille de route.

Le communiqué est intervenu vers 21h15, après que les forces militaires ont pris place à divers endroits stratégiques de la ville, particulièrement au siège de la télévision nationale et à Nasr, où s’étaient réunis les manifestants pro-Morsi.

Une transition technocratique

Le chef des armées, Al-Sissi, a lui-même pris la parole en direct, sur la chaine de télévision nationale. Il était entouré de la plupart des leaders politiques et religieux du pays : El Baradei, le pape Copte, les leaders salafistes, le cheikh d’al Azhar. Il a annoncé une série de mesures conformes aux attentes des manifestants.

— Il a confirmé la fin du mandat de Mohammed Morsi.

— Il a annoncé le début d’une période de transition — la durée n’a pas été précisée. Lors de cette période, la constitution sera modifiée et des élections présidentielles puis législatives auront lieu.

— La cour constitutionnelle assurera le pouvoir durant cette période, l’armée n’aura aucun rôle politique. La plupart des juges de la cour constitutionnelle ont été nommés sous Moubarak, mais l’Égypte, depuis l’empire napoléonien, a une approche très française du droit. En l’espèce, la cour constitutionnelle a une réelle indépendance. Notre contact sur place parle de « décision historique ». Le président de la cour constitutionnelle, Adly Mansour, devrait prêter serment jeudi 4 juillet. Il deviendra le président par intérim et la constitution sera suspendue.

— la liberté d’expression et de presse est garantie.

À la suite du discours de Al Sissi, les représentants se sont succédés pour annoncer qu’ils soutenaient le plan. La foule place Tahrir a accueilli ces nouvelles avec une liesse d’une ampleur comparable, voire supérieure à celle du 11 février 2011.

El Baradei a précisé que le peuple égyptien avait montré sa volonté de faire front pour la liberté et la dignité. Une commission de réconciliation va être mise en place. Tous ont appelé à l’union nationale.

Assad félicite le peuple égyptien

Le président de la Syrie, Bachar el-Assad, a félicité les manifestants égyptiens, mercredi, affirmant que l’expulsion du président Mohammed Morsi sonnait le glas de la «politique islamiste».

Il a déclaré que les Égyptiens avaient découvert tous les «mensonges» des Frères musulmans, dont est issu le président égyptien déchu. M. Morsi a été écarté du pouvoir mercredi par la puissante armée de l’Égypte.

Le président Assad a tenu ces propos lors d’un entretien avec le quotidien officiel Al-Thawra, dont des extraits ont été publiés sur sa page Facebook en fin de soirée mercredi, au moment même où l’armée confirmait l’expulsion de Mohammed Morsi. L’entrevue complète doit être publiée jeudi.

Morsi qui avait récement demandé à Bachar al-Assad de quitter le pouvoir faisait partie du noyau dur anti-Assad. Il avait à plusieurs reprises menacé de confier l'ambassade syrienne du caire aux terroristes

Morsi déclare qu'il est toujours le président légitime de l'Egypte

Morsi a déclaré mercredi soir qu'il est toujours le chef de l'Etat légitime.

"Il n'y a pas d'alternative pour la légitimité, la Constitution ou la loi", a-t-il indiqué dans une déclaration préenregistrée par la chaîne de télévision Al Jazeera.

La déclaration de M. Morsi est intervenue après que l'armée eut désigné le président de la Cour constitutionnelle suprême pour diriger temporairement le pays jusqu'à l'élection d'un nouveau président.

"Je suis prêt à s'asseoir avec n'importe qui pour le dialogue et les négociations", a déclaré M. Morsi qui se trouve dans une localité gardée secrète, selon certaines sources locales.

"Le coup d'Etat va tirer l'Egypte en arrière (...) et tous les gens doivent assumer leur responsabilité devant Dieu, le peuple et l'histoire", a indiqué M. Morsi.

Sévérine Toche

Métro, journalinternational