Sacré peuple togolais ! Il se dit pauvre comme un rat d’église, incapable de s’offrir deux repas  par jour ! Mais le voilà qui laisse partir … en fumée, en quelques jours, et dans la seule ville de Lomé… un milliard deux cent millions de francs (1.200 000 000) CFA !

Du 20 décembre 2012 au 03 janvier 2013 les loméens  se sont illustrés par le jeu des pétards (les feux d’artifices lancés par les pouvoirs publics ne sont pas pris en compte dans ce calcul) …

Le prix des pétards varie de 25F CFA à 4000F CFA en général , en passant par des prix de 100F, 800F, 1000F, 2000F …Jeunes et moins jeunes, enfants et vieux,  hommes et femmes, tout le monde « a fait péter les pétards » pendant cette période de fin d’année à Lomé !...

Boum ! Gbo ! Bougoum ! Kpokpokpo !Kpr ! Too… etc. ! Tous les sons étaient entendus dans la ville de Lomé. Est –ce des manifestations de  joie pour saluer la naissance de l’enfant Jésus ou la naissance de la nouvelle année 2013 ? En tout cas, les togolais  se sont donnés à cœur joie dans cette débauche de « pétardise ». Cela ferait sourire, si le pays n’était pas pauvre. Nous dînions ce soir du 1er Janvier 2013, dans un restaurant  chic de la ville, avec deux couples amis hollandais et français, quand la femme du Hollandais m’interpelle :

« Je suis interloquée quand je vois des jeunes et des gamins qui balancent  des pétards de 1000F ou 2000F, alors que cet argent aurait pu acheter dix ou 20 œufs ! Apparemment, vous n’êtes pas aussi pauvres au Togo ! » …

Mon siège commença à me chauffer, car ces deux couples étaient au Togo, pour le compte d’une ONG qui veut financer un microprojet d’hydraulique villageoise dans ma région  d’Amou. Connaissant bien mes amis hollandais pour leur parcimonie dans tout ce qui concerne l’argent, je m’apprêtais à donner un petit commentaire réparateur, quand l’explosion assourdissante d’un pétard nous déchira les tympans à cinq ou six reprises :

« Celui-là coûte 4000F l’unité ! », nous lança un français attablé avec sa femme à la table voisine. Je le maudis intérieurement, et dans un sourire un peu forcé, j’expliquai  à mes invités que c’est à Lomé qu’on peut voir ces dépenses un peu farfelues, le paysan qui a 4000F, achète un sac de riz de 5kg avec ces 4000F, au lieu de les faire « péter » en pétards. C’est peut être mon ami hollandais qui, philosophe, nous dit vers la fin du repas :

« C’est une autre logique peut être chez-vous, mais,  tu sais bien qu’en Hollande, les gens comptent et recomptent leurs sous avant de s’engager même dans la plus petite dépense »

« Betalen » veut dire en hollandais, « payer » ou « acheter », et dans toutes les conversations entre hollandais, ce terme revient très fréquemment, parce qu’ils sont toujours près de leurs sous…

En allant déposer mes amis dans leur hôtel, vers 3 heures du matin, dans le vacarme des pétards, je me mis à penser à ce que Paris pourrait être, à ce moment précis, si les 8 millions d’habitants de la ville faisaient aussi péter leurs pétards, et je vis comme dans un rêve, un ouvrier chinois d’une usine de fabrication de pétards de TIENSTSIN ou de KUNMING demander à son collègue :

« Hé, WU WANG, est-ce  que tu comprends toi, pourquoi les nègres aiment tant faire péter les pétards, alors qu’ils n’arrivent pas à se nourrir correctement ? ».

«  LU SUN, remets toi au travail, il faut que nous leur livrons deux fois plus de pétards pour Noel 2013. Laisse-les se faire « péter »...

Dr. David IHOU, Ancien Ministre de la Santé et de la Population