L’une des « maladies infantiles » du pouvoir RPT/UNIR de père en fils, c’est l’obstination et la propension flagrante à ne pas admettre ses erreurs ni à les corriger de bon cœur. Le récent rapport du Fonds Monétaire International (FMI) révèle des choses troublantes et apeurantes dans la gouvernance économique et financière du pays. La prière à élever à ce sujet, c’est que Faure Gnassingbé et ses collaborateurs ne font pas la sourde oreille. Comme à l’accoutumée. Les projections de recettes « carrément irréalistes », il faut les corriger. Ne serait-ce que cela.

Des observations du FMI

Elles sont nombreuses et concernent des aspects aussi variés que les secteurs des mines, énergie et télécommunications, la redistribution des richesses nationales, le financement des élections par des lignes budgétaires, la dette du pays sans oublier l’orientation et l’efficacité des dépenses publiques.

Du bling bking et une logique du chasseur qui vend la peau de l’animal sans l’avoir tuée, voilà la remarque contenue dans le rapport du FMI au sujet des prévisions de recettes budgétaires. L’institution de Breton Woods reproche au gouvernement togolais de faire voter des budgets basés sur des recettes que rien ne garantit. Les augmentations répétées des budgets s’expliquent ainsi par ces prévisions irréalistes. Le FMI cite en exemple les prévisions de recettes portant sur les privatisations. Or, il appert généralement que les prévisions ne se tiennent pas : ou les privatisations prévues n’ont pas lieu, ou l’argent qu’on y gagne est largement en deçà de ce qu’on espérait. C’est ce qui au FMI fait parler de « budget expansionniste soumis à des risques qui ont fini par se concrétiser ».

De plus, selon le FMI, le Togo se tire presque des balles dans la jambe en faisant financer les élections par les ressources budgétaires. Tout le monde sait que les législatives du 25 juillet 2013 ont été organisées sur fonds propres par le gouvernement togolais. Les milliards dépensés à cet effet ont été puisés du Trésor public, avec toutes les conséquences que cela peut entraîner sur le fonctionnement de l’Etat et sur les dépenses ou investissements absolument nécessaires. Il en découle régulièrement des déficits budgétaires. Le rapport indique que « les affectations budgétaires aux élections législatives et municipales…ont contribué à un déficit global de près de 11% du PIB dans le budget adopté » et que « parallèlement, des dépenses supplémentaires ont été nécessaires pour financer la totalité des élections et les pressions sur le flux de trésorerie se sont davantage intensifiées au milieu de 2013 ».

Dans la foulée, le FMI fait des projections sur ce qui peut se passer en cette année 2014 et l’année suivante. A priori, les municipales peuvent arriver en cette année ; dans tous les cas, à moins d’une catastrophe, il y aura un scrutin présidentiel en 2015. Les projections du FMI anticipent la répétition des risques « de pressions sur le flux de trésorerie » avec toutes ses conséquences. Selon ce rapport « les élections locales et présidentielles en 2014 et 2015 respectivement pourraient donner lieu à des dérapages de la politique : les intérêts établis pourraient opposer une résistance aux réformes et …la stabilité macroéconomique pourrait être compromise ».

Un autre aspect évoqué par le rapport des experts concerne l’adéquation entre la masse des dépenses effectuées et leur degré d’efficacité. Les experts trouvent que le Togo s’est engagé dans des dépenses telles qu’il faut craindre un surendettement et qu’on peut douter de leur efficacité absolue dans la perspective de l’amélioration du quotidien du plus grand nombre. Ils proposent dans ce sens au gouvernement de « satisfaire les besoins sociaux et de développement du pays en réduisant le coût de fonctionnement de l’Etat ».

Budgets irréalistes

Pour le bien des Togolais, le gouvernement de Faure Gnassingbé et d’Arthème Ahoomey-Zunu ferait bien de prêter attention aux observations du rapport des experts du FMI, notamment l’observation concernant le caractère irréaliste des budgets de l’Etat. On ne comprend pas la motivation du gouvernement togolais de gonfler les chiffres du budget année après année. Sans que le Togo soit devenu entre-temps un pays pétrolier, sans que de façon considérable, les recettes fiscales aient pu ou soient susceptibles d’augmenter entre deux exercices budgétaires, le montant des budgets grossit constamment. Le gouvernement peut avoir ses raisons certes, mais il se fait que dans l’exercice des budgets, on constate des difficultés grandeur nature quelquefois. Des prévisions d’investissements et de réalisations se trouvent bloquées faute de ressources disponibles.

Ainsi, en 2012, le budget avait pris en compte à son élaboration des recettes qui proviendront de la privatisation de la banque UTB ainsi que de l’installation d’un troisième opérateur de téléphonie mobile. De même, il était attendu des appoints budgétaires des partenaires mais ce fut un fiasco. Ni l’argent attendu de la privatisation ni celui de l’installation de l’opérateur économique n’étaient au rendez-vous. Conséquence : vers la fin de l’exercice, le gouvernement s’est retrouvé avec un gap de 222 milliards F CFA. Officiellement, il avait été dit que ce gap a été comblé par des recettes extraordinaires. Quoi qu’il en soit, à présent que le FMI repose le problème, le gouvernement togolais serait inspiré d’étudier les voies et moyens susceptibles de l’aider à éviter à l’avenir le piège des budgets irréalistes. A l’impossible, nul n’est tenu, dit-on, et Faure Gnassingbé ne doit pas l’oublier. Lorsqu’on n’a pas les moyens de sa politique, il faut faire la politique de ses moyens.

Surendettement garanti

La conséquence à moyen et long termes des budgets irréalistes fondés sur des prévisions d’investissements pas trop ambitieuses est visiblement le surendettement. L’ambassadeur de l’Union européenne au Togo avait déjà tiré la sonnette d’alarme. Au cours de la cérémonie d’annonce de l’appui budgétaire direct le 7 février dernier, il avait émis de sérieux doutes sur les choix du gouvernement et évoqué le risque d’endettement et de surendettement. M. Berlanga déclarait entre autres que « il nous préoccupe que les choix de financement de la politique expansionniste de dépenses publiques ne ramènent pas le Togo vers une situation de surendettement et que les ambitions légitimes du gouvernement en termes de développement se transforment en une lourde hypothèque que les générations futures devront payer ».

Voici que le FMI aussi exprime la même inquiétude face aux dépenses expansionnistes du gouvernement. Les sommes folles engagées dans les infrastructures aujourd’hui sont des trous que l’on creuse et que le pays sera obligé de payer dans 5 ans, dans 10 ans, dans 50 ans. En plus des routes en construction, il est signalé les dépenses de fonctionnement de l’Etat. Les prix des produits pétroliers récemment augmentés viennent de ces remarques du FMI puisqu’on soutient que la subvention desdits prix est une charge qui grève les ressources de l’Etat. Dans le même sens, il se susurre que les salaires au Togo sont « plus élevés » mais il convient de claironner qu’à ce sujet le FMI se trompe de cible et d’objet.

Cependant, le levier sur lequel il est important de jouer est celui du train de vie de l’Etat, les rémunérations, avantage, primes et privilèges du chef de l’Etat et des membres du gouvernement. Le budget 2014 a révélé par exemple que le budget de la présidence est en augmentation sensible depuis des années sans que l’on sache concrètement ce qui le justifie. Réduire le coût de fonctionnement de l’Etat consistera, selon les observateurs, à réduire les dépenses de la présidence, de la primature, des ministères sans oublier tout ce qui est dépensé au noir pour nourrir les réseaux du système en place.

Elections sur fonds propres

Il ne sert à rien, cela n’a d’ailleurs pas de sens que le Togo organise des élections sur fonds propres alors que des partenaires sont prêts à débloquer l’argent nécessaire. Tout l’argent dont le gouvernement dégraisse le budget pour organiser des élections à problème servirait à autre chose et à des investissements qui réduiraient la pauvreté dans le pays si Faure Gnassingbé et les siens renonçaient un peu seulement à leur égo et gouvernaient vraiment le pays pour les Togolais et non pour eux-mêmes.

Pour avoir fait faire des observations électorales en 2007 et 2010 sanctionnées par des recommandations restées lettre morte, l’Union européenne a refusé de financer les dernières législatives comme elle en avait pris l’habitude. Dans leur impertinence et dans leur volonté morbide d’organiser des élections dans la confusion et l’opacité, Faure Gnassingbé et ses amis se sont opposés à la mise en œuvre des recommandations contenues dans les rapports d’observation électorale. Il s’agit d’une attitude de haute trahison dont la conséquence se manifeste à travers les problèmes budgétaires soulignés par les experts du FMI.

Choisiront-ils une fois de plus de trahir l’intérêt général en continuant de s’opposer à la mise en œuvre desdites recommandations et ainsi contraindre le budget national à en payer le prix ? L’erreur est humaine mais persévérer dans l’erreur est plus que diabolique. Le gouvernement a sûrement des choses à cacher, d’où son incapacité à se soumettre à un contrôle normal par les députés à l’Assemblée Nationale à travers une session budgétaire digne du nom. Pour les scrutins à venir, Faure Gnassingbé écoutera-t-il la voix du bon sens ou va-t-il rester dans sa tour d’ivoire et tout refuser au mépris du bon sens ? La question n’est pas petite.

Nima Zara

Le Correcteur