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Les Gnassingbé et le pouvoir [Sénouvo Agbota ZINSOU]

Donc, Gnassingbé le fils a succédé à Gnassingbé le père, à la mort de ce dernier, le 5 février 2005.

Ne posez pas la question de savoir si le pays sur lequel avait régné le père et sur lequel règne le fils, (ou du moins, s’efforce encore de croire qu’il règne) est un royaume ou une république. Vous avez la réponse déjà, très claire, c’est-à-dire la plus obscure que l’on puisse clairement vous fournir. Ne demandez pas non plus des détails sur la manière rocambolesque ou plutôt ubuesque dont cette succession s’est déroulée. Ubuesque, surtout dans le sens de la tragédie burlesque du père Ubu, c’est-à-dire avec toute la quantité de cadavres que le personnage créé par Alfred Jarry est capable de produire. Plus prosaïquement au Togo, quantité de sang, de cadavres, de veuves, d’orphelins, de parents et de proches endeuillés que le système Gnassingbé, véritable machine à meurtrir, à broyer, à blesser, à molester, à écraser, à torturer… à égorger, à bombarder, nous a fabriquée.

Bon, contentez-vous de leur demander de se présenter, aux Gnassingbé père et fils, à celui-là qui est mort et à celui-ci qui lui a succédé et qui, en apparence, est vivant, a donc yeux, oreilles, bouche, mais qui, moralement et spirituellement est tout aussi mort que celui-là. Ils vous répondront, celui qui était mort moralement et spirituellement, avant de mourir physiquement et celui qui ayant yeux, oreilles et bouche est déjà tout aussi mort moralement et spirituellement ; POUVOIR ! Non, vous n’avez pas bien compris ? Ils vous le répètent : POUVOIR. Donc : nom, prénom, filiation, nature, substance, totem, profession, religion si vous voulez, une seule réponse : POUVOIR.

Vous en concluez que si on leur enlevait le POUVOIR, ces gens seraient réduits à néant.
Vous suivez celui qui, en apparence, a yeux, oreilles et bouche, donc vous voit, peut vous entendre et répondre à vos questions.

Vous lui demandez: « Et le peuple, où le mettez-vous ? Dehors, dans la rue, c’est-á-dire en dehors du pou… »

Il vous coupe la parole, net, élevant le ton. « Ne parlez pas de pouvoir comme si vous vouliez l’attribuer au peuple. Comme s’il y avait un lien entre le pouvoir et le peuple. Cela ressemble à un slogan révolutionnaire, scandé ailleurs. Ici, il n’y a de POUVOIR que Gnassingbé. Le peuple, s’il existe, n’existe que pour permettre aux Gnassingbé d’exercer le POUVOIR. Vous en avez la preuve…Si vous voulez me poser des questions, posez des questions très simples. Je suis un homme simple, moi. » Il vous tourne déjà le dos et voudrait s’en aller. Mais vous courez le rattraper, un peu haletant, car il va vite, en martelant le sol.

« Monsieur Pouvoir, puisqu’ainsi vous vous nommez… ». Il manifeste des signes d’impatience fébrile et de nervosité, car depuis six mois, il a les nerfs à fleur de peau. Il grommelle : « Je vous ai dit que je suis un homme simple. Ça ne vous suffit pas comme réponse à toutes les questions, à tout le brouhaha, tout le tintamarre que vous appelez manifestions, grogne, mécontentement, révolte…tout ce que vous voulez ? Je suis un homme simple…Si encore vous étiez un journaliste de nos médias clients, de Jeune Afrique, par exemple, avec un peu de fric… »
Vous rétorquez : « Vous voulez dire un simplet, un homme au raisonnement simpliste, je comprends ».
Nouveaux signes d’énervement de sa part qui se répercutent sur sa garde rapprochée, plus farouche que jamais, qui a déjà la main sur la gâchette. Vous réussissez quand même à glisser cette dernière question à Monsieur Pouvoir, alias Monsieur Homme Simple, pardon simpliste, à cause de la terreur qui vous saisit à la vue de cette garde habituée aux réactions les plus légendairement atroces : « Et le dialogue ? »

Il vous répond cependant, pour que vous n’alliez pas répandre le bruit que le Togo n’est pas en démocratie : « Dialogue ! Dialogue ! Quels dialogues ? Sous quelles couleurs, mon papa n’en avait-il pas fait ? Et n’avait-il pas déjà ce mot qu’à la bouche ? Et moi, quels dialogues n’ai-je pas déjà faits? Dialogue, c’est comme réconciliation, paix, union, solidarité…Ce sont là les ingrédients de notre…de notre…sa…sa… ». Il bégaie. Vous voulez l’aider à achever sa phrase: « De votre salade politique ».

Là, il se fâche vraiment et comme un homme fâché, même un homme simple comme un bébé, il bafouille : « De notre sacro-sainte église Gnassingbé. Je vous ai dit que le pouvoir est aussi notre religion, notre fétiche si vous voulez.

Ironique, vous déduisez de sa réponse : « Vous et le Dialogue, vous êtes un, c’est-à-dire qu’il n’y a de dialogue que si Dialogue est un fétiche qui vous permet d’être au POUVOIR, que dis-je, d’être toujours Monsieur POUVOIR.

Il fait une grimace et s’en va à présent réellement. Et vous cherchez à interpréter ses derniers mots. Vous vous demandez : « Est-ce que pour lui, ce dialogue n’a aucun sens, s’il ne lui permet pas d’être confortablement réinstallé dans son POUVOIR et ne jamais être autre chose que Monsieur POUVOIR ?

Sénouvo Agbota ZINSOU


 

 

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