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Lettre ouverte aux chefs des partis politiques de l’opposition : Que votre Oui soit Oui. Que votre Non soit Non [Par Sénouvo Agbota ZINSOU]

J’ai choisi de m’adresser à vous, à cette étape décisive de notre lutte car, j’ose le dire : les heures, les très prochains jours qui viennent peuvent nous faire basculer dans l’échec ou nous amener à la victoire que tout le peuple togolais attend. Il s’agit de la notion et de la perspective d’un dialogue, la énième dans le Togo des Gnassingbé, en crise permanente. Je ne veux pas prendre la notion de dialogue dans le sens défini par certains dictionnaires et dans lequel beaucoup de locuteurs l’emploient, c’est-à-dire de l’entretien entre deux entités antagonistes qui se rencontrent et se parlent en vue de parvenir à un accord. Si ce n’était que cela, le dialogue, il y a longtemps que la crise togolaise aurait été réglée et l’on ne parlerait peut-être plus de la nécessité de dialogue togolais.

Aux vingt-cinq dialogues précédents, les deux entités supposées opposées au Togo, à savoir l’opposition et le pouvoir Gnassingbé se sont bien rencontrées, se sont parlé et sont sorties de la salle avec un soi-disant-accord. Mais la question « à quand un véritable règlement définitif de la crise togolaise ? » demeure sans réponse.

Je voudrais que cette fois, en toute honnêteté intellectuelle, l’on prenne le mot, par exemple dans le sens du langage du théâtre où il signifie plutôt distribution de la parole. La question est de savoir qui, dans le cas togolais, sont réellement les entités á qui on doit distribuer la parole. Les deux entités « traditionnelles », dans les dialogues précédents, parvenues à des accords qui, (on a beau qualifié la chose de « franche et sincère »), n’en sont pas vraiment, parce qu‘il n’y a jamais eu de dialogue véritable. Parce qu’il existe d’autres entités qui, dans le meilleur des cas, gravitent autour des deux premières et dans le pire des cas voudraient voir dans le règlement de la crise, la défense et la sauvegarde de leurs propres intérêts. Quoi de plus hypocrite que cette deuxième catégorie d’entités cache ses propres préoccupations et ses visées sous des dehors de médiation, de facilitation, de bons offices…tout ce que l’on veut ? La chose se complique encore quand, c’est souvent le cas, l’unité de visées, au sein même de chacune des entités « traditionnelles » n’est que de façade. On le dit et il n’est pas inutile de le répéter ici : nos dirigeants de l’opposition ont, chacun, un agenda personnel, qui n’a souvent pas de rapport avec une quelconque différence d’idéologie, de projet de société ou d’approche objective de la solution aux problèmes togolais.
Quand ce problème fondamental d’harmonisation qui ne prend en compte que les aspirations du peuple sera réglé, l’opposition togolaise, doit s’interroger pour savoir qui, en dehors des deux entités officiellement en conflit, veut quoi :

-la France et ses alliés occidentaux

-les autres nations du monde, parmi les plus influentes, les plus intéressées au Togo ; que l’ombre de ces puissances, au dos des négociateurs togolais pèse plus lourd que la volonté du peuple togolais nous paraît inadmissible ; j’aurais préféré qu’elles apparaissent au grand jour et exposent leurs visées, sinon, qu’elles laissent les Togolais régler leurs propres problèmes, recourant, si nécessaires à des personnalités mondiales, morales ou physiques, pas forcément des dirigeants politiques, Africains ou non, sur lesquelles ils se mettent d’accord,
-les chefs d’État africains…( est-il nécessaire de rappeler que d’une manière ou d’une autre, la plupart de ces derniers aspirent à rester le plus longtemps possible au pouvoir et ne sont donc pas différents de celui contre lequel le peuple togolais s’est soulevé ?); « regarde d’abord la tête de celui qui te promet un chapeau », ai-je déjà écrit dans un autre article.
Personne, dans cette panoplie d’entités n’interviendra dans le conflit togolais en oubliant ses propres intérêts, ses propres visées…

En tant qu’opposition, nous devons parler en tenant compte uniquement des aspirations du peuple que nous voulons représenter, du peuple qui nous fait confiance, du peuple qui est prêt à tous les sacrifices pour atteindre ses objectifs. Si nous passons outre, nous ne sommes pas seulement inutiles á notre peuple, mais aussi nous le trahissons.

Les puissances étrangères qui veulent s’immiscer dans la crise togolaise doivent préciser leurs intérêts car nous n’ignorons pas qu’elles en ont ; il nous appartient de décider si nous avons besoin de leurs services ou pas et sous quelles conditions nous en aurions besoin. Posons-nous, lucidement, cette question : dans quelles mesures les nations occidentales qui avaient imposé les 22 engagements à Eyadema et nous avaient poussés à la signature de l’APG ont contribué à la résolution de la crise togolaise permanente ? Et dans quelles mesures les chancelleries qui ont convaincu les partis d’opposition à entrer à l’Assemblée Nationale ont réellement contribué à des acquis démocratiques au Togo.

Les pires ennemis du peuple togolais que représente l’opposition sont :

-le besoin d’être « politiquement correct », quand cette préoccupation nous pousse à accepter les offres de facilitation ou de médiation sans poser nos propres conditions. Par exemple, quand Alpha Condé, président en exercice de l’Union Africaine, a tenu à recevoir les leaders de l’opposition togolaise à Paris( pas dans une localité africaine), d’abord séparément, avant de les recevoir ensemble. Ceci n’a été possible que parce que nos leaders, malgré leur unité affichée, n’ont jamais été capables de désigner un seul d’entre eux, qui serait leur porte-parole dans cette période de révolution populaire ; on ne conseillera jamais assez à nos dirigeants des partis d’opposition de se méfier, d’être prudent : tout ce qui peut avoir l’allure d’un piège, d’une manœuvre pour mettre à l’épreuve leur encore fragile unité doit être lucidement détecté et soigneusement évité. Nous apprenons par la presse qu’Alpha Condé, président de l’Union Africaine, doit rendre compte à Emmanuel Macron de ses entretiens avec les opposants togolais. N’y a-t-il pas, au moins dans la manière dont la démarche est présentée dans les médias, si elle est effective, quelque chose de choquant, d’humiliant même pour les Africains ? Et toujours selon certains médias, le même Macron aurait déchargé Alpha Condé du dossier togolais au profit du président ghanéen. A quel titre ?

-la peur d’être traité de radical et accusé de manquer de retenue, de modération…Or ceux qui vous accusent ainsi, prennent-ils simplement la peine de dire aux tenants du pouvoir qu’ils se comportent comme des entêtés hystériques à la seule idée de ne plus pouvoir un jour jouir de leurs privilèges actuels ?

-la lutte sourde pour le leadership qui nous mine, non pas que cette lutte ait pour base et justification une différence d’approche ou d’idéologie, mais simplement une soif de reconnaissance, chacun voulant jouer sa carte personnelle. Est-il à votre avis rationnel de se présenter pendant cette période comme « chef de file de l’opposition », surtout quand on sait que ce plastron décoratif et encombrant a été attaché au cou de celui qui le porte par le pouvoir illégitime que les Togolais combattent dans leur majorité? Si chef de file il doit y avoir, que ce soit celui que ses pairs, les autres chefs de parti, au nom de leurs militants, auront désigné, selon un règlement intérieur idoine.

Sous nos yeux et sous ceux de la communauté internationale, les Togolais, pendant plus de trois mois déjà manifestent, sont tués, battus, chassés de leur domicile, emprisonnés, persécutés…hommes, femmes, vieillards, enfants, bébés, certaines villes sont assiégées, tout simplement parce qu’un homme ne veut pas respecter une Constitution qui exige qu’il quitte le pouvoir après deux mandats. Ajouter à cela que ces même puissances, cette même communauté internationale savent comment cet homme a hérité le pouvoir de son père, dans quel bain il a plongé le Togo pour monter au trône dynastique, ce qu’il est capable d’entreprendre pour le conserver… ( nous en avons une démonstration au cours de ces trois mois de crise ) que cet homme, honnêtement, n’a jamais été élu président de la République.

L’opposition togolaise doit répondre à une seule question : cet homme doit-il continuer à régner sur le Togo ? La réponse du peuple togolais est, sans ambages, NON. Un grand NON ! Je ne vois pas pourquoi, comment les opposants togolais répondraient autrement sans trahir le peuple togolais. « Que votre OUI soi OUI. Que votre NON soit NON ». Le reste, ce qu’on y ajoute, vient du diable, dit Jésus.

Faut-il rappeler qu’au Togo des leaders de l’opposition ont dit NON une fois, puis OUI une autre fois, NON le jour et OUI la nuit ?

Sénouvo Agbota ZINSOU

 

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