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Togo. Un groupe informel : Peut-on ne pas « ficeler » d’avance ? (Opposition)

Qu’on le veuille ou non, la naissance d’un nouveau regroupement de partis d’opposition ne saurait être considérée comme un événement mineur dans le contexte actuel de la lutte en cours pour le changement démocratique dans notre pays. Nous avons fait dans un article précédent une brève présentation des représentants des six partis constituant ce regroupement. Il faut insister à nouveau sur l’idée absolument capitale suivant laquelle le propos n’est ni d’incriminer ceux qui ont pris l’initiative de créer le nouveau regroupement, ni de leur opposer des critiques malveillantes, ni de faire preuve d’un a priori dogmatique à l’égard des idées proposées. Il s’agit d’apporter des faits pour rendre possible et éclairant le débat politique qu’appelle tout naturellement toute proposition tendant à faire avancer le combat pour la démocratie et le progrès social.

Le regroupement sollicite « la confiance du peuple » (sic) et attend de tous les partis qui se retrouvent dans la démarche visant la revendication des « réformes » et la décentralisation de venir grossir ses rangs. Les initiateurs du groupe se sont donné une démarche ; il n’y a rien de plus normal face au problème auquel le pays est confronté depuis des années, et pour lequel tout un chacun souhaite trouver une solution. Et ils ont fondé le groupe sur une série d’idées qu’ils estiment de nature à faire avancer le combat. Dans la lutte d’opposition en cours, aucune initiative n’est de trop ; et toutes nouvelles idées, toutes nouvelles propositions méritent d’être examinées et confrontées, si possible, à d’autres propositions pour voir ce qu’on peut en tirer. Le ralliement politique suppose un préalable : un débat politique clair, transparent, riche d’idées novatrices.
Les initiateurs du nouveau regroupement insistent sur le fait qu’il s’agit d’un « groupe informel ». Ils s’interdisent de le dénommer afin, disent-ils, d’éviter de donner l’impression d’avoir « tout ficelé d’avance » (Attisso). Et Attisso poursuit : les regroupements passés nous disent : « Nous avons déjà réfléchi, nous avons un code de conduite, nous nous sommes déjà constitués avec des règles ; si vous voulez venir avec nous, vous n’avez qu’à vous soumettre à ces règles ; vous n’avez qu’à nous suivre »… Pour ces raisons, laisse-t-il croire, les initiateurs préfèrent « aller vers une expérience où il n’y a pas de règles… prédéfinies, préétablies ».

M. Attisso avait légèrement hésité avant de prononcer ces deux qualificatifs, comme s’il se sentait un peu gêné par quelque chose. C’est qu’en réalité les choses ne sont pas si simples que cela ; car, un groupe dont les membres ont pu réfléchir ensemble pendant six mois et produit en plus un document à l’issue de cette réflexion, ne peut de toute évidence pas être un groupe inorganisé. Il est forcément structuré d’une certaine manière, avec des règles de conduite : « une manière de faire, une méthodologie, une rigueur de travail », des choix thématiques…, comme le reconnaît Nathaniel Olympio dans sa déclaration à la conférence de presse.

A partir de ce moment, ceux qui voudraient rejoindre le groupe ainsi en marche depuis six mois devront forcément accepter ces règles de conduite considérées, à juste titre, comme indispensables à la cohésion du groupe et à l’efficacité de son travail. La démarche pour « aller vers une expérience où il n’y a pas de règles » et tout ce discours sur le «cadre ouvert à tous » apparaissent ainsi tout empreints d’ambigüités. Manipulation ou naïveté politique ?

Peu importe en réalité. L’essentiel est ailleurs. Une initiative ne peut pas germer dans toutes les têtes à la fois et au même moment, et réunir spontanément tout le monde. Il faut nécessairement qu’elle vienne de quelque part, d’une personne ou d’un groupe de personnes, ou mieux d’un parti ayant pris le temps de réfléchir préalablement avant de la formuler et de la proposer comme une voie alternative possible pour avancer. Dans tous les cas, c’est ce que la CDPA-BT avait fait au sujet du MFAO (Mouvement de la Force Alternative d’Opposition).

L’idée d’une force alternative d’opposition (FAO) avait fait l’objet d’une longue réflexion au sein de ce parti depuis 1998. Elle avait été formulée pour la première fois à l’attention des autres partis d’opposition et du public dans son ensemble sous la forme d’une petite plaquette intitulée « Une force alternative d’opposition pour mettre fin au régime de dictature et instaurer la démocratie au Togo » (Décembre 2002). Nous avions poursuivi la réflexion, tout en menant une campagne à l’intérieur du pays, comme dans la diaspora togolaise, aux fins d’une explication la plus large possible, avec le souci de montrer à chaque fois la nécessité de se mettre ensemble pour penser autrement et faire ensemble autrement.

Les conclusions de cette réflexion ont fait l’objet de la publication d’un document de 110 pages publié en novembre 2006 sous le titre : « MFAO, Mouvement de la Force Alternative d’Opposition » (Nov. 2006). L’idée proposée est formulée dans ce document avec ses justifications et les modalités possibles de sa mise en œuvre collective. L’initiative, comme nous venons de le dire, ne pouvait pas germer dans toutes les têtes à la fois et au même moment. Une proposition est forcément « ficelée », réfléchie avant d’être livrée. C’est la seule manière de lui donner une forme, de la rendre claire, intelligible. Et plus elle est claire, plus elle a la chance d’être comprise.
Pour rendre le contenu du document plus accessible, nous en avons fait, neuf mois plus tard, un résumé de 24 pages sous le titre : « MFAO, Mouvement de la Force Alternative d’Opposition, Synthèse & Plateforme d’Adhésion au Mouvement » (Août 2007). Nous avons poursuivi la campagne d’explication, tout en proposant à ceux qui ont adhéré à l’idée, de se constituer en « Associations MFAO » pour montrer la pertinence de la proposition et sa faisabilité. Dans le même esprit, ces associations vont se réunir en une Assemblée constitutive du MFAO le 16 mai 2009 à Lomé.

Mais pendant toute cette période (1998-2007), la lutte d’opposition étant transformée depuis 1992 en une compétition électorale entre partis d’opposition pour le pouvoir, la seule préoccupation de la quasi-totalité des partis d’opposition (ceux qui s’estimaient les plus grands, comme les autres) était comment amener d’autres partis d’opposition à se ranger derrière eux pour grossir chacun son rang et se constituer la plus grande clientèle électorale possible dans l’esprit de la concurrence entre partis d’oppositions pour le pouvoir. A l’époque encore, par une suave naïveté pour certains d’entre eux et/ou par une cécité politique déconcertante pour d’autres, beaucoup ne voyaient l’issue de la lutte d’opposition qu’à travers une lutte armée sans réflexion et sans organisation appropriée préalable. Pour les uns comme pour les autres, toute idée, toute proposition d’organisation ou de réorganisation qui ne s’inscrit pas dans ces deux visions n’avait aucun intérêt, et ne méritait pas, par conséquent, que l’on perde même le temps d’en prendre connaissance.
En réalité, l’attitude qu’en principe un parti d’opposition devrait adopter à l’égard d’une initiative prise par un autre parti ou un groupe de partis d’opposition, ou même par un individu isolé ayant pour souci de faire avancer notre lutte pour le changement démocratique ne devrait pas être de savoir si « tout est déjà ficelé », et conclure, a priori, que le cadre proposé pour la porter est fermé ou non. La démarche la plus positive est de commencer par s’interroger (ou interroger) pour savoir si les idées et les formes d’organisation proposées par l’initiative sont bonnes ou non ; si elles sont crédibles ou non ; si elles vont dans le sens de l’intérêt commun, ou si leur finalité réelle n’est rien d’autre que la satisfaction d’ambitions personnelles camouflées derrière un discours abusif sur l’intérêt général…
Dans tous les cas, c’est l’attitude qu’à la CDPA-BT nous adoptons à l’égard des propositions du nouveau regroupement. Réfléchir, susciter un débat éclairant sur la proposition pour mieux y réfléchir, la comprendre au mieux possible avant de voir quelle position prendre. Tout ce qui concourt réellement à l’avancement de la lutte commune, sans ambiguïtés, devrait rassembler spontanément tous ceux qui se battent sans hypocrisie ni calculs politiciens pour la même cause, celle du changement démocratique. Et pour savoir si une proposition concourt ou non à l’avancement de la lutte, il faut au moins se donner la peine de prendre connaissance de son contenu, et se mettre en position d’en discuter, au lieu de se laisser bloquer par cette méfiance et cette défiance excessives qui ont paralysé jusqu’à présent la marche en avant de l’opposition.

Lomé, le 10 Février 2017

Pour la CDPA-BT
Son Premier Secrétaire
E. GU-KONU

 

 

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