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L’Afrique est fière de Winnie Mandela [Par Jean-Claude DJEREKE]

"Tu n’as point versé d’huile sur ma tête; mais elle, elle a versé du parfum sur mes pieds. Je te le dis: ses nombreux péchés ont été pardonnés car elle a beaucoup aimé”, disait Jésus au sujet de la prostituée qui s’était occupée de lui pendant le repas chez Simon le pharisien (Lc 7, 46-47). Je suis persuadé que des milliers d’Africains et d’Africaines diront la même chose de Winnie Mandela et ce ne sera que justice car l’ex-compagne de Nelson Mandela a beaucoup aimé: elle a aimé ses frères et sœurs noirs qui étaient opprimés et exclus du partage des richesses de l’Afrique du Sud; elle a aimé son peuple en risquant sa vie maintes fois; elle a donné, plus que d’autres, à cette lutte contre la discrimination raciale qui traitait les Noirs comme des sous-hommes dans leur propre pays; et elle ne s’est pas contentée de donner ; elle s’est donnée elle-même car elle a sacrifié sa jeunesse, son mariage, sa carrière professionnelle, sa vie de famille (elle fut séparée plusieurs fois de ses enfants).

Ceux et celles qui lui tressent aujourd’hui des lauriers ne la canonisent pas pour autant; ils ne soutiennent pas que son parcours fut sans faute; ils ne bénissent ni la mort du jeune activiste Stompie Moketsi en janvier 1989, ni ses aventures extra-conjugales; ils désirent simplement saluer une femme qui n’était pas seulement courageuse mais donna du courage à un peuple qui se battait quotidiennement contre un régime brutal et inhumain; ils veulent simplement rendre hommage à une Africaine qui n’était pas seulement une grande résistante mais exhortait continuellement les siens à résister et à résister toujours à l’oppresseur.

N’en déplaise à ses contempteurs, nous sommes fiers de cette grande dame qui était proche des petites gens de Soweto et qui, quoiqu’ayant connu la torture, le harcèlement et le bannissement par les tenants de l’odieux système d’apartheid, ne jeta jamais l’éponge. Nous lui savons gré d’avoir été l’une des rares personnes à critiquer le deal entre Mandela et les Blancs sud-africains en déclarant: “Le township de Soweto est toujours aussi sordide, il [Mandela] nous a laissé tomber, il a accepté un mauvais accord pour les Noirs. Économiquement, les Noirs sont toujours exclus, l’économie reste très blanche. Il y a bien entendu quelques Noirs alibis mais tant de ceux qui ont donné leur vie pour ce combat sont morts sans en avoir touché les dividendes… Regardez cette farce que constitue la Commission vérité et réconciliation. Il n’aurait jamais dû accepter. Qu’est-il sorti de bon de la vérité? En quoi aide-t-elle qui que ce soit à savoir où et comment leurs proches ont été tués ou enterrés?”

Elle est partie, cette femme intrépide et indomptable, sans avoir eu de réponse à ces questions capitales. Elle peut à tout le moins se consoler de nous avoir laissé deux grandes leçons: seule la lutte libère et l’Afrique n’honore que ses fils et filles qui se sont battus pour elle.

Jean-Claude DJEREKE

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