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Ce qu’il faut retenir du discours d’Emmanuel Macron à Ouagadougou

Le président français a tracé les grandes lignes de sa politique africaine lors d’un discours devant les étudiants de l’université de Ouagadougou, au Burkina Faso, ce mardi 28 novembre. En voici les principaux points.

► La déclassification des dossiers sur l’assassinat de Thomas Sankara

Avec plus de trente minutes de retard et après quelques incidents sans gravité – un minibus de la délégation française a été caillassé, Emmanuel Macron a choisi de commencer son discours par une formule de Thomas Sankara concernant « la construction de l’avenir que vous osez inventer ».

Un écho à son annonce plus tôt dans la matinée, où il avait promis la levée du secret défense pour « tous les documents » sur le rôle de la France dans l’assassinat de cet homme d’État burkinabé en 1987. Cette nouvelle a été largement saluée au Burkina Faso.

► La fin de « la politique africaine de la France »

Attendu sur le fond comme sur la forme, Emmanuel Macron a tenu à se distancier dès le début de son discours de la Françafrique. « Je ne vais pas vous dire quelle est la politique africaine de la France, car il n’y a plus de politique africaine de la France, a-t-il débuté. Il y a un continent que nous devons regarder en face (…) même si je n’ai pas la prétention de parler de l’Afrique dans son ensemble. »

Le président français a rappelé que « les crimes de la colonisation européenne sont incontestables ». « La France entretient avec l’Afrique un lien historique indéfectible, écrit de souffrances, de déchirements mais aussi de fraternité et d’entraide » a-t-il poursuivi, alors même que dans les rues de Ouagadougou certains habitants scandaient « non à l’impérialisme ». « Nous avons le choix entre l’envie de nous retrouver ou la tragédie de nous éloigner », termina également dans le même ton Emmanuel Macron au bout de près de deux heures de discours.

► Un dialogue au niveau continental

Actant la fin d’une relation entre la France et l’Afrique, Emmanuel Macron a appelé l’Union européenne à s’engager pour un dialogue à un niveau continental. « C’est à cette échelle que les choses se jouent », a-t-il martelé avant de développer les principaux défis du continent africain : le terrorisme, le changement climatique, la démographie et le marché du travail, l’urbanisation et la démocratie.

« L’Afrique est un continent central, global, incontournable, car c’est ici que se télescopent tous les défis contemporains, a plaidé le président français. C’est ici que se jouera une partie de la croissance du monde. » Et pour mieux y participer, Emmanuel Macron a présenté un conseil présidentiel français pour l’Afrique, dont les membres doivent être les « porte-voix » des jeunes africains, qui sont « en train de tourner une page ».

Reconnaissant qu’il n’avait « pas de leçon à donner » sur le fonctionnement politique des États africains ni sur les tensions internes, Emmanuel Macron a tout de même défendu que son rôle soit « de rendre la démocratie et l’état de droit irréversible ».

► Une initiative contre les passeurs en Libye

Emmanuel Macron a annoncé qu’il présenterait mercredi 29 novembre, lors du sommet à Abidjan, une initiative euro-africaine pour mettre un terme aux trafics d’armes et d’être humains. La France apportera son soutien à l’évacuation des « personnes en danger » en Libye, où se produisent des « crimes contre l’humanité » selon ses mots.

Mais la France va aussi « travailler avec les états africains pour aider au retour dans les États d’origine » pour les migrants africains qui ne remplissent pas les conditions du droit d’asile.

► La menace des extrémismes religieux

Autre défi pour le continent africain selon Emmanuel Macron : le péril obscurantiste. Pour lui, la menace des extrémistes religieux sur les esprits est « parfois plus redoutable que le terrorisme » et « s’immisce dans toute la société » en s’attaquant « à ce qu’il y a de plus intime, la foi, pour en détourner le sens ». Pour lutter contre ces pratiques, le président français souhaite plus d’initiatives internationales contre le financement des mouvements extrémistes.

« La France, pays laïc, est elle aussi confronté à ce défi, je n’ai donc pas de leçon à donner sur ce sujet, a-t-il rappelé. Toutes les religions sont construites sur un message d’amour. Ne laissez jamais la religion en laquelle vous croyez faire ce pourquoi elle n’a pas été faite (…) Ne laissez jamais certains dominer ou détruire, au nom de votre religion, ceux qui ne croient pas ou ne croient pas pareil ». Il est du devoir des politiques « de construire des états libres, séparés du religieux » et du « devoir de chaque conscience de ne pas laisser sa religion être détournée ».

► La démographie « une chance mais surtout une responsabilité »

Sous le feu des critiques après sa déclaration au G20, où Emmanuel Macron avait estimé qu’il était impossible de développer l’Afrique à cause de ses « 7 ou 8 enfants par femmes », le président français était attendu sur le sujet et n’a pas dévié de ses propos précédents.

« L’Afrique, c’est 70 % de jeunes et oui c’est une chance mais c’est surtout une immense responsabilité, a-t-il martelé. La démographie doit être un choix, en particulier pour les femmes. Partout vous avez 7,8,9 enfants par femme. Êtes-vous bien sûr que c’est le choix des femmes ? (…) Il y a, dans mon pays, des familles avec autant d’enfants et c’est très bien, c’est leur choix. Je veux être sûr qu’en Afrique aussi ce soit bien un choix. »

► La priorité de l’éducation des jeunes filles

« L’éducation est la priorité absolue de ce nouveau partenariat » a défendu le président français, insistant notamment sur l’éducation des jeunes filles « vecteurs de développement de la société ».

Parmi les multiples mesures en matière d’investissement dans l’éducation annoncées par Emmanuel Macron, le président français s’est prononcé pour la mise en place de « visas de circulation de longue durée » pour les Africains diplômés en France. « Étudier en France c’est une relation privilégiée qui doit se prolonger », a-t-il appelé de ses vœux. Les bourses d’études françaises seront également attribuées en priorité aux femmes, a poursuivi le président français provoquant des remous au sein de l’amphithéâtre de l’université de Ouagadougou.

Des partenariats seront développés dans l’enseignement supérieur et le secteur numérique, et la France accueillera « 1 000 nouveaux talents africains chaque année ».

► Vers une restitution des œuvres africaines aux pays africains ?

« Le patrimoine africain doit pouvoir être exposé en Afrique », a défendu Emmanuel Macron avant d’annoncer que la France restituerait, temporairement ou définitivement, les œuvres africaines des musées français d’ici cinq ans.

Le président français a aussi annoncé pour 2020 une « saison des cultures africaines » en France, pour mettre en avant la scène artistique africaine contemporaine et non l’Afrique antique des musées.

Enfin, dans une longue diatribe engagée, Emmanuel Macron a défendu la francophonie et le rôle du français dans tous les domaines artistiques. « Portez la francophonie avez fierté ! Ne cédez à aucun discours qui voudrait enfermer le français comme langue morte ! », a-t-il martelé.

Audrey Dufour
La-croix.com

 

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