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CPI affaire Ocampo: Pourquoi les ONG de défense des droits de l’homme restent muettes [Par Théophile Kouamouo]

On aurait pu s’attendre à ce que les ONG de défense des droits de l’Homme rivalisent d’indignation après la publication par Mediapart (et les autres membres d’un consortium de médias européens) des “secrets de la Cour”, qui dévoilent les comportements indélicats de l’ancien procureur auprès de la Cour pénale internationale, Louis Moreno Ocampo. Propriétaire de comptes cachés dans des paradis fiscaux alors qu’il était censé incarner la rectitude morale dans ses standards les plus élevés, il s’est transformé dès son départ de La Haye en “lobbyiste” rémunéré par ceux qui voulaient éviter d’y être traînés et/ou y traîner leurs adversaires. Il a aussi conspiré, en dehors de son mandat, contre l’ancien président ivoirien Laurent Gbagbo, dans une collusion d’intérêts avec la France, ancienne puissance coloniale et partie au conflit, et Alassane Ouattara, le grand rival, dont les troupes ont commis les plus graves crimes enregistrés lors de la guerre post-électorale.

Tout cela est bien choquant pour quiconque croit sincèrement au combat contre l’impunité et à une justice internationale équitable. Curieusement, des responsables de la Fédération internationale des ligues des droits de l’Homme (FIDH) et de Human Rights Watch défilent sur les plateaux TV pour expliquer à quel point l’institution internationale à caractère judiciaire basée aux Pays-Bas est importante, nécessaire et plébiscitée par une sorte de communauté aux contours flous appelée “les victimes”. Et pourtant ! Ces organisations ne sont pas avares de leurs critiques quand il s’agit de s’exprimer sur les manquements des appareils judiciaires nationaux — notamment quand il s’agit de l’Afrique. Pourquoi ce deux poids deux mesures ? En quoi Louis Moreno Ocampo est-il donc différent des magistrats corrompus de nos Républiques africaines corrompues ? Comment qualifierait-on un appareil judiciaire national ou local qui, après avoir constaté des crimes commis par deux familles adverses, choisirait de juger D’ABORD le père de l’une d’entre elles (d’emblée considéré comme celui qui pousse ses enfants) et de voir APRES, éventuellement, peut-être un jour, comment juger (peut-être) quelques enfants (et non le père, d’emblée blanchi de toute initiative criminogène) de l’autre ?

La vérité est simple et terrible, et nous renseigne sur l’idéologie et les intérêts que défendent de nombreuses ONG. Elles sont porteuses d’un idéal de “gouvernance mondiale” qui est en réalité une sorte de contrôle global de la planète par des entités non élues et très influencées par les gouvernements occidentaux et/ou les multinationales. Elles font partie intégrante de cet écosystème. Contrairement aux tribunaux nationaux, la CPI les consulte. Le procureur se fonde — comme dans le cas Gbagbo — sur leurs rapports souvent biaisés pour construire des dossiers d’accusation et procéder à des mises en examen. Qui imagine un attorney general américain ou un juge d’instruction français se fonder sur des éléments aussi légers pour prendre leurs décisions ?

La CPI donne à ces organisations quelquefois financées par des Etats ayant leur propre stratégie de soft power et des milliardaires sulfureux un pouvoir qu’elles n’ont jamais eu. Qui peut imaginer qu’elles ne “monétisent” pas cette influence inédite ? En défendant la CPI, elles se défendent d’abord elles-mêmes.

Avec une mauvaise foi scandaleuse, ces ONG font passer tout discours critique sur la CPI pour une apologie de l’impunité. Et pourtant ! Au sein d’organisations régionales comme la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) ou comme l’Union africaine (dont la Cour africaine des droits de l’homme et des peuples est l’émanation), existent des initiatives courageuses mais peu médiatisées et peu financées ! Une fois de plus, l’on entrevoit un prisme de pensée avant tout imprégné de “gouvernance mondiale”, mais aussi le désir de demeurer dans un confort où l’argent (et donc l’influence) va du Nord vers le Sud, et où les ONG locales sont en réalité des “filiales” des “grandes firmes humanitaires” qui leur imposent un discours et des actions stéréotypés.

Assez de ce scandale !

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Par Théophile Kouamouo

 

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